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Une espèce de Bat[e]man plus courant sauf la beauté, riche (et seul) matche une fille banale un peu 'écervelée' de nature et de conviction (ou de ce qui en tient lieu – sa philosophie de vie, indolente). Elle vient en Adidas, lui en costard. Avachie dans sa bulle, grossière, elle a rendez-vous avec un prince charmant sans en avoir conscience – elle ne semble même pas relever que cet amant à consommer est plus consommable que la moyenne. Elle n'est même pas un peu jolie – elle est simplement passable ; pour le reste elle n'a rien à offrir, ou alors rien de spécial. Une personnalité creuse, égocentrée, pas mûrie par la souffrance ou la nécessité – pas travaillée par le besoin de se battre ou de plaire. Sigrid est une grande enfant négligée, négligente et insouciante. Son idiotie la rend antipathique et méprisable, mais la voir confrontée à une situation délirante de 'chien humain (volontaire)' semble autant une punition méritée pour sa légèreté qu'une occasion d'éprouver sa stupidité, soit pour en sortir, soit pour qu'elle s'enterre avec.
« Les gens font ce qu'ils veulent tant que personne n'est blessé » : cas pratique extrême, où la tolérance apparaît comme le masque fonctionnel par excellence (utile pour dissimuler sa gêne, sa perplexité, sa curiosité, son avidité). Ce film maintient dans une tension permanente où nous nous demandons dans quoi nous allons basculer au sens total (donc encore plus fortement qu'avec Les chambres rouges, où la cohabitation avec le mal ne fait aucun doute) – même l'ultime séquence confirme qu'il ne fallait pas avoir de certitudes. Le degré de lucidité, de déni, de déviance des personnages masculins n'est jamais ou que très tardivement garanti. Au début, c'est une séance loufoque testant les limites de l'entendement et de l'acceptable ; à terme ce sera bien de l'horreur psychologique mâtinée de comédie grotesque. Bien que les caractéristiques s'empilent et se marient, comme le pathos, l'angoisse et la cruauté (les moments de l'appel et de la fessée sont hilarants malgré sinon grâce au niveau de glauque stratosphérique), le film est compartimenté ; le moment de la bascule vient quand on aperçoit l'humain dans Frank. Comme Sigrid on avait apprivoisé la situation, s'y était presque habitué ; le retour au réel, à celui auquel on pensait ne pouvoir couper avant d'abandonner devant l'insistance du vil et de l'étrange, est efficace et violent.
D'abord on se sent bien benêt d'avoir validé la bêtise et la supercherie, ou de s'être mentalement assoupi ; mais c'était la seule voie pour supporter – à moins de ricaner, mais dans ce cas aussi le changement de ton va nous couper. C'est le propre du pervers de nous retourner ainsi et une nécessité 'd'économie' psychique de céder. Puis l'angoisse et l'empathie dominent – empathie pour celle qui s'est laissée piéger (comme nous) et se trouve dans une dynamique trop malsaine et dégradante pour être souhaitée à n'importe qui – en particulier à une simple idiote, dont on comprend qu'elle est l'objet d'un mauvais parentage (mêlant laissez-faire et indifférence), reconduit dans ses relations de jeune adulte. L'amie, qui paraît d'abord heureusement cynique pour cette Sigrid même pas assez maline pour jouer ses cartes, affiche un visage plus puant quoique toujours souriant lorsque Sigrid a pris conscience de l'opportunité exceptionnelle. [Après l'avoir poussée dans les bras du millionnaire, elle l'incite à faire la difficile.] Elle aime jouer le rôle de celle qui aura participé à une belle (fructueuse) rencontre ; mais voir son amie s'épanouir sans qu'elle y prenne part, ou simplement s'épanouir trop vite : non.
https://zogarok.wordpress.com/2024/10/21/good-boy-me-you-and-frank/
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le 21 oct. 2024
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