Voilà un long-métrage qui aurait certainement eu davantage d’impact il y a dix ans mais que le contexte actuel, l’évolution des mœurs et des mentalités ainsi qu’un fossé social de plus en plus profond entre les populations rend presque suranné. « Goodrich » semble conséquemment presque déconnecté et tire le portrait de gens qui ne représentent plus grand monde. Et comme l’aspect parodique ou satirique ne vient pas rendre ici le tout potable ou génial comme peut le faire une série telle que « The White Lotus » ou un film comme « American Beauty », on reste complètement en dehors. Le film pose son décor une nouvelle fois chez les bourgeois américains de ce monde avec tout ce que cela comporte de clichés, de passages éculés et de contexte et problématiques qui ne touchent plus grand monde.
Pour développer, aussi sympathique que soit le personnage principal, d’ailleurs formidablement incarné par Michael Keaton, son mode de vie et ses préoccupations nous apparaissent terriblement loin de ceux du commun des mortels. Il vit à Los Angeles dans une belle maison sur les collines, il possède une galerie d’art (le cliché ultime), il vit avec une seconde femme plus jeune que lui dont il a deux enfants et qui est en dépression médicamentée et toutes les personnes qui gravitent autour de lui sont issues du même milieu cossu. Comme une bulle, celle d’un microcosme qui n’existe plus pour beaucoup de monde, comme une espèce en voie cloisonnée et refermée sur elle-même. Et comme la dramaturgie du film se base là-dessus, avec petite musique à la guitare ou au piano caricaturale au possible pour nous émouvoir, on n’adhère pas et cela ne fonctionne plus. Sauf peut-être dans la dernière ligne droite aux enjeux père-fille (avec Mila Kunis) plus prégnants, à la tonalité plus terre-à-terre, qui nous gratifient de quelques jolies scènes bien dialoguées.
Malheureusement, durant presque la totalité de l’heure et demie qui va précéder, ce n’est pas forcément déplaisant mais cela a été vu dans le passé de manière mieux gérée et plus adaptée. « Goodrich » figure donc un type de films qui aurait probablement été encensé à une époque mais qui ne nous touche plus beaucoup et dont toute la confection demeure restée bloquée une ou deux décennies en arrière. Quand on voit que la réalisatrice et scénariste est la fille de Nancy Meyers (réalisatrice de bluette à succès telles que « À nous quatre » ou « Ce que veulent les femmes »), cela nous donne un début d’explication. « Une fille de » qui a dû être imprégné du travail de sa mère qui a avait cartonné à la fin des années 90 et au début des années 2000. Et comme les seconds rôles sont mal dessinés et que la réalisation s’avère banale, on ne s’ennuie pas à proprement parler mais on aura vite oublié ce film désuet et sans grand intérêt qui dessine un monde de niche déplacé pour 99% de spectateurs.
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