Goregasm (2007) est pour le moment le second volet d’une trilogie débutée en 2002 avec Attack of The Cockface Killer et prolongée avec Grimewave Cockface III, sorti en 2013. Le film est l'œuvre de Jason Matherne, un cinéaste indépendant et underground de La Nouvelle-Orléans qui fait également office de producteur et monteur de films débilo-érotico-horrifiques à petit budget. Scénario minimaliste, bande de potes en guise d’acteurs, provocation trash, esprit punk, gore et blagues de cul sont les principaux ingrédients de ce Goregasm souvent affligeant, mais parfois assez drôle.
L’histoire de Goregasm, si tant est qu’on puisse parler de scénario, raconte la traque par deux flics abrutis et un gérant de sex-shop d’un tueur avec une bite sur le menton, qui massacre des dépravés de toutes sortes avec l’aide d’un godemichet géant. Tout ce petit monde devra aussi affronter une bande de féministes dont la cheffe est une femme à barbe avec un gode ceinture qui veut éradiquer le monde des hommes après les avoir violer .
Goregasm est donc un gros délire régressif qui se vautre dans le trash et la vulgarité sous couvert d’être punk et provocateur. À de nombreuses reprises, Jason Matherne montre par l’image l’influence de John Waters (affiches de Pecker et Pink Flamingos sur les murs), mais si l’intention est louable, pas sûr que Matherne appartienne à la catégorie du « bon mauvais goût » souvent évoqué par le cinéaste de Baltimore. Ici, tout va tourner autour du cul et du sexe, qui occupent 95 % des dialogues et 75 % de l’image ; tout n’est que prétexte à une logorrhée de blagues de fesses bien lourdes et de séquences parfois proches de la pornographie. Même si le fond du sujet (encore qu’il faille vraiment en vouloir pour parler de fond) reste la frustration sexuelle, on se lasse assez vite de la gratuité un peu crasse de l’ensemble. Le plus agaçant restant toute cette provocation adolescente à base de tampon usagé, de scatophilie, d’obsession masturbatoire, de sperme, de viol, de nécrophilie, comme si quelques crétins défoncés avaient vomi dans un shaker leurs fausses bonnes idées pour choquer la bonne morale. Le pire reste que tout cet écœurant amas flasque de substances corporelles semble, pour le réalisateur, se suffire à lui-même pour provoquer une hilarité grasse, oubliant au passage qu’il ne suffit pas de chier sur l’écran pour être drôle.
Et pourtant, à quelques, mais bien trop rares occasions, Goregasm m’aura fait rire par sa franche débilité et quelques personnages trop What the fuck pour ne pas être amusants. J’aime bien le duo de flics avec ce gros abruti dégueulasse fan de Rambo, dont l’enquête est continuellement à côté de la plaque, et son adjointe qui supporte difficilement sa bêtise. Les deux gérants du sex-shop sont aussi plutôt cool ; on se retrouve avec des personnages glandeurs un peu à la Kevin Smith, devant gérer la faune de leur boutique, dont un gros type avec une tronche d’obsédé qui loue des films de cul pour ses copines (imaginaires ou gonflables), mais jamais pour lui. Je suis également assez client de l’absurdité de certaines scènes, avec généralement un tueur qui agit bruyamment et à découvert sans que personne ne le voie (à part le spectateur) ; on se retrouve ainsi avec des séquences où Cockface démarre une tronçonneuse juste à côté d’un couple impassible en train de faire des galipettes. La plupart du temps, les victimes sont bien trop occupées à satisfaire des plaisirs solitaires ou collectifs pour prêter attention au tueur, ce qui reste une idée relativement amusante. Même si le film contient une ou deux scènes de remplissage et que son univers s'avère assez vite lassant, Goregasm reste assez rythmé et tient la route sur 95 minutes, si vous avez le courage d’aller jusqu’au bout.
Goregasm est donc un gros « Z » rigolard qui, malheureusement, se vautre un peu trop souvent dans la fange en espérant que ce sera drôle et trash pour le spectateur. Si le tueur a une bite sur le menton, le scénariste Jared Scallions semble l’avoir dans le cerveau tant son film tourne essentiellement autour de cet attribut, et c’est bien dommage car, sur un registre plus absurde et avec un petit peu plus de recherche dans l’écriture, le film aurait été regardable plus d’une seule fois. Si vous aimez le caca, le cul et l’humour régressif jusqu’au stade anal, vous aimerez sans doute Goregasm ; pour les autres, passez votre chemin en évitant de glisser sur cet objet aussi flasque qu’un sopalin oublié dans une chambre d’adolescent.