Curiosité aiguisée de manière conséquente à l'approche d'un tel film, production est-allemande et soviétique des années 1970 avec l'acteur principal de "Solaris", le Lithuanien Donatas Banionis, dans le rôle du peintre espagnol Francisco de Goya. Trois décennies avant Carlos Saura et Miloš Forman, il y avait donc eu cette contribution de Konrad Wolf — réalisateur du magnifique "J'avais dix-neuf ans" à caractère autobiographique, racontant l'histoire de ce fils de parents communistes juifs dans l'Allemagne de la fin des années 20, exilé en URSS avec l'avènement du nazisme, qui y reviendra une dizaine d'années plus tard, en avril 1945, dans les rangs de l'Armée russe.


Légère déception devant ce biopic relativement sage, relativement conventionnel dans son rapport à la peinture, divisée en deux grandes parties : une première sur l'artiste évoluant dans les milieux politiques et mondains de la cour du roi Charles IV, et une seconde consacrée à une relation romantique avec la duchesse d'Albe. Le mouvement est assez limpide, il s'agit de montrer le basculement du statut de l'artiste bourgeois et jouisseur, potentiellement complaisant avec les jugements rendus par les tribunaux de l'inquisition, vers celui de l'artiste insoumis faisant preuve de libre arbitre, d'indépendance d'esprit, mû par une conscience politique affichée. C'est cette transition que le titre original souligne, "le chemin ardu vers la connaissance", plus subtil et nuancé que la version française.


L'idée de dresser un état des lieux des contradictions inhérentes au personnage reste malgré tout pas inintéressante, et le contexte de production (le film fut tourné au sein du studio de RDA Deutsche Film AG) irrigue l'ensemble de petites singularités qui valent le détour — la volonté de créer une grande production en marge des grosses machines classiques de la production cinématographique contemporaine, le faste des accessoires, costumes et décors, etc. Il manque néanmoins une forme d'élan passionnel dans la réalisation, quelque chose qui ferait de l'artiste un personnage vraiment hors du commun (le film commence avec sa renommée déjà établie), quelque chose qui irait au-delà d'illustrations un peu plates des attaques de l'église contre ses travaux jugés hérétiques.


Morrinson
5
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Top films 1971, Les meilleurs biopics, Avis bruts ébruités et Cinéphilie obsessionnelle — 2026

Créée

le 7 avr. 2026

Critique lue 4 fois

Morrinson

Écrit par

Critique lue 4 fois

D'autres avis sur Goya l'hérétique

Goya l'hérétique

Goya l'hérétique

9

YgorParizel

9119 critiques

Critique de Goya l'hérétique par Ygor Parizel

Probablement le film le plus ambitieux du studio DEFA que cette biographie romanesque du peintre Francisco Goya. Des décors et costumes plein de fastes ainsi que des copies des tableaux du maître,...

le 27 juil. 2016

Du même critique

Boyhood

Boyhood

5

Morrinson

2180 critiques

Boyhood, chronique d'une désillusion

Ceci n'est pas vraiment une critique, mais je n'ai pas trouvé le bouton "Écrire la chronique d'une désillusion" sur SC. Une question me hante depuis que les lumières se sont rallumées. Comment...

le 20 juil. 2014

Birdman

Birdman

5

Morrinson

2180 critiques

Batman, évidemment

"Birdman", le film sur cet acteur en pleine rédemption à Broadway, des années après la gloire du super-héros qu'il incarnait, n'est pas si mal. Il ose, il expérimente, il questionne, pas toujours...

le 10 janv. 2015

Her

Her

9

Morrinson

2180 critiques

Her

Her est un film américain réalisé par Spike Jonze, sorti aux États-Unis en 2013 et prévu en France pour le 19 mars 2014. Plutôt que de définir cette œuvre comme une "comédie de science-fiction", je...

le 8 mars 2014