« Gran Casino » est le premier film mexicain de Luis Buñuel après un passage inabouti à Hollywood. Sous la forme d’une comédie musicale, le film coche toutes les cases du western. Le patron de la puissante société qui cherche à récupérer l’entreprise du petit entrepreneur par tous les moyens, la danseuse de saloon, ici en forme de cabaret, l’inévitable gunfight et la morale qui triomphe. La réussite est au rendez vous, grâce au couple central : deux chanteurs populaires, l'Argentine Libertad Lamarque qui vient de fuir son pays (elle s’est accrochée avec la future Evita Peron), l'étoile mexicaine Jorge Negrete et aux numéros qu’ils interprètent. Le tout est soigneusement chorégraphié (Hollywood n’est pas loin), et ce, dès le premier numéro dansant de l’aguichante Camelia (Mercedes Barba). Malheureusement, Buñuel ne sait pas filmer une bagarre, ce qui nuit à la force du film, et affaibli encore un peu plus un discours politique plus proche d’un plaidoyer moral que d’une analyse sociétale. Quant à l’aspect social, faute d’une base marxiste il est le grand absent du film. Bien réalisé, bien scénarisé, l’ensemble reste néanmoins bien propre sur soi, le cinéaste ayant perdu dans les coulisses son humour noir et l’acidité de ses critiques. Par conséquent toute forme de provocation.