Grave, c’est plus qu’un film sur le cannibalisme. C’est une métamorphose filmée à vif. Une plongée brutale dans le corps, le désir, la violence — mais surtout dans ce moment où l’innocence s’écroule, et où on découvre qui on est vraiment, malgré soi.
Justine entre en école vétérinaire comme on entre dans une secte. Rituels, bizutage, cris, corps nus, sang sur les murs… et petit à petit, elle perd tout ce qui l’éloignait de l’animal.
Julia Ducournau filme cette bascule avec une maîtrise rare : caméra organique, plans serrés, rythme nerveux. Rien n’est gratuit. Même le choc a du sens.
Garance Marillier est incroyable. Elle incarne la mutation, le trouble, la gêne, la rage contenue. Elle ne joue pas une "monstre" : elle joue une femme qui découvre sa vraie nature, et qui lutte pour ne pas en être dégoûtée.
La scène du doigt. La scène du miroir. Le sexe, le sang, la danse. Tout est cru, dérangeant, mais jamais vulgaire.Parce que ce n’est pas un film gore.
C’est un film de passage. D’éveil. De douleur.
Et cette fin. Une claque. Une mise à nu. Une transmission.
Tu fermes la bouche. Tu regardes le vide. Tu digères. Lentement.
Grave, c’est un film carnivore et magnifique.
Il parle de la bête en nous — et de ce qu’on en fait.