Assis, gaga et le Cuarón voleur

J'ai la sensation de m'être fait voler. Alfonso Cuarón a subtilisé mon attention, sans jamais se dérober. J'allais voir un film, finalement, j'ai vécu une expérience unique. Ma note est d'ailleurs avant tout le reflet de cette dernière, et non la valeur attribuée au film pour ses qualités narratives.

Réfractaire à la seule idée qu'un film puisse utiliser la 3D, je n'ai eu cette fois-ci, qu'à ravaler mes préjugés de futur-ex cinéphile aigri, tant j'ai le sentiment que celle-ci sert vraiment à quelque chose ici. Un gros plus pour l'immersion. Le spectateur n'est pas devant les acteurs qui sont à l'écran: il est avec eux, dans l'espace. A propos des acteurs justement, parlons-en. Clooney fait une fois de plus le brave pitre (what else ?) mais il le fait bien. Bullock, que j'avais trouvé rigolote dans "Demolition Man", m'indiffère bien souvent. Dans "Gravity", elle est à fond dans son rôle, les conditions du tournage l'ont sans doute bien aidé. N'empêche qu'elle est crédible, et le spectateur retient son souffle tout du long, pendant qu'elle essaie de reprendre le sien. A noter qu'à bientôt 50 ans, elle est charmante à demi découverte, et pas vraiment boulotte sans draps...
Un mot sur la musique. On aurait pu nous servir du Whitney...Houston ou du Texas. Mais Cuarón n'a pas voulu tergiverser façon "Dallas", et parvient à éviter le Kourou du spectateur. On se consolera donc avec une partition signée Steven Price, assez discrète mais servant fort bien ce qui se déroule sous nos yeux.

Autant "Les Fils de l'Homme" m'avait laissé sur le bord de la route pour une raison qui m'échappe encore, autant "Gravity" m'a embarqué dès les premiers instants dans cette odyssée, durant laquelle j'ai été porté par le magnifique travail d'orfèvre d'Alfonso, retranscription oppressante d'une solitude et d'une claustrophobie dans l'infini. En témoigne ce plan séquence d'ouverture, millimétré, et à travers lequel on (re)découvre toute la maestria du mexicain pour tout ce qui touche aux images. Sans doute le film perdra de sa puissance émotionnelle une fois que nous aurons la possibilité de le voir dans nos salons. Mais "Gravity" est avant tout un tour de force technique, à découvrir absolument au cinéma, à moins d'être hermétique à tout long-métrage qui se veut sensoriel.

[SPOIL] J'ai lu ici et là que la fameuse scène de l'extincteur avait dérangé. J'avoue avoir été quelque peu décontenancé l'espace d'un instant, avant de me reprendre, arrivant à la conclusion que le stratagème avait déjà fonctionné dans "Wall-E". Un modèle de réalisme, il va sans dire. Mais j'ai été tout aussi surpris de voir un Docteur effectuer une opération de maintenance dans l'espace, pendant qu'un vétéran se la coulait douce avec ses propulseurs. Vétéran qui, peu de temps après, va expliquer à ce même Docteur, les symptômes engendrés par une déficience en oxygène. Ou encore le sacrifice inutile de Mister Nespresso. Woké !
Je passerai sur toute la métaphore de la renaissance, les épreuves, le deuil. D'autres l'ont très bien fait avant moi. Je regrette peut-être un peu la fin "je viens de survivre à une catastrophe improbable et chuter depuis l'espace mais je barbote avec les grenouilles". J'en suis resté "coa", c'est vrai. [/SPOIL]

Aussi minuscules soient les enjeux du film, dans l'espace, personne ne m'entendra râler.
Gothic
9
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le 4 nov. 2013

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Gothic

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