Remarqué et acclamé en son temps lors de sa sélection au festival de Sundance, Gruesome fait malheureusement partie de ces films horrifiques violemment maltraités par les adeptes du genre. Volontairement shootée comme un vieux film d'exploitation underground des années 1970, cette version crade et trash d'Un Jour Sans Fin reste pourtant un véritable cauchemar éveillé où la mécanique scénaristique prend son temps à nous guider aux confins d'un univers aussi morbide que malsain.
Claire Parker est une brillante étudiante de 19 ans qui travaille de nuit dans une station-service. Chaque matin, son boyfriend Jimmy passe la chercher en voiture pour la reconduire chez elle avant qu'elle ne file en cours. Un train-train quotidien moralement et physiquement usant pour la post-adolescente qui essaie tant bien que mal de faire face à l'étrange comportement de sa mère célibataire et aux fantasmes sexuels de son petit ami. Ce matin-là, c'est un inconnu qui vient la chercher dans le véhicule de Jimmy, prétextant l'impossibilité de ce dernier à se déplacer. Claire monte à bord, ignorant qu'elle signe ainsi son atroce mise à mort… avant de se réveiller et de revivre indéfiniment son calvaire.
Cruelle allégorie du passage de l'adolescence à l'âge adulte, Gruesome est une œuvre fascinante dont l'ambiance moite et funeste met considérablement mal à l'aise ses spectateurs. Au gré des questions qui jaillissent au fil du métrage (Claire est-elle dingue ? Vivante ? Morte ?... Son tortionnaire psychopathe existe-t-il réellement ?... Les fantasmes sexuels de son boyfriend ne sont-ils pas les siens ?...), la métaphore voulue par les frères Crook se métamorphose peu à peu en une réalité sociale dont l'horreur se répète quotidiennement.
Portant l'intégralité du métrage sur ses frêles épaules, la comédienne Laureen Currie Lewis (âgée de 27 printemps lors du tournage et néanmoins parfaite dans la peau d'une jeune femme de 19 ans) est tout bonnement grandiose. Suite à ses abominables mésaventures, son dernier regard face caméra est aussi touchant que glaçant et hisse cet étrange film d'horreur au rang des plus pertinentes réussites du genre. Mal-aimé, certes, mais remarquable.