Quand Maurice Ronet faisait tourner les têtes

Un homme qui vit de son pouvoir de séduction finit toujours par rencontrer quelqu'un capable de lui tenir tête. C'est autour de ce face-à-face que s'articule "Gueule d'ange", un film noir teinté de sentiments réalisé par Marcel Blistène. Bien installé dans le paysage cinématographique français des années 1940 et 1950, celui-ci avait notamment dirigé Edith Piaf dans "Étoile sans lumière". À sa sortie, le film avait attiré près de 810 000 spectateurs en France, un succès honorable qui n'a pourtant pas suffi à lui assurer une véritable postérité.

Philippe, surnommé "Gueule d'ange", traverse l'existence en profitant de son charme pour séduire des femmes aisées et vivre à leurs dépens. Son assurance vacille lorsqu'il rencontre Loïna, une antiquaire aussi séduisante que redoutablement calculatrice. Entre eux s'engage une partie où chacun pense manipuler l'autre, jusqu'au moment où les sentiments viennent brouiller des plans pourtant soigneusement établis.

Le principal intérêt du film réside dans son duo d'acteurs. Maurice Ronet, alors âgé de vingt-huit ans, n'en est qu'aux débuts d'une carrière qui le conduira ensuite à des classiques comme "Plein soleil"ou "Le Feu Follet". Il laisse déjà apparaître cette élégance nonchalante et cette fragilité qui feront sa personnalité à l'écran. Face à lui, Viviane Romance, immense vedette du cinéma français des années 1930 et 1940, compose une Loïna volontaire, fière et pleine d'autorité. Leur confrontation donne au récit sa meilleure énergie.

Avec le recul, certaines conventions de mise en scène et quelques rebondissements rappellent naturellement le cinéma français du milieu des années 1950. Le rythme paraît parfois plus posé que celui auquel les spectateurs actuels sont habitués, mais cette approche possède aussi son charme. Elle laisse aux personnages le temps d'exister et aux comédiens celui d'installer leurs relations.

Autour du couple principal, Marcel Blistène s'appuie sur une solide galerie de seconds rôles. Dora Doll, l'un des visages les plus familiers du cinéma français d'après-guerre, Rosy Varte, qui connaîtra plus tard un immense succès populaire grâce à la série "Maguy", ou encore Simone Paris, habituée des productions françaises de cette époque, participent toutes à la crédibilité de cet univers.

"Gueule d'ange" n'est peut-être pas le film le plus marquant de ses principaux interprètes. Il demeure en revanche une découverte intéressante pour qui aime parcourir les chemins moins fréquentés du cinéma français.

David-Hainaut
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