Hallucinations
5.3
Hallucinations

Film de Pete Walker (1978)

Un petit joyau du film d'épouvante qui peut vous convaincre de ne jamais y revenir

Je suis tombé dans SC sur deux critiques (les seules) de ce film méconnu vu il y a bien longtemps, l'une positive, l'autre négative, et cela m'incite à en dire un mot.

Pour moi qui n'ai pas vu un slasher depuis Scream - dont le côté terrifiant était atténué par l'humour et le second degré - ce film The Comeback de l'anglais Pete Walker que j'ai vu jeune, lors de sa sortie, dans un festival du film fantastique à Paris, est un film de terreur qui réussit terriblement (oui, c'est le mot) son objectif, et dont le souvenir me secoue encore. C'est à cause de lui que plus tard, après avoir vu et apprécié nombre de films d'épouvante, les historiques, les classiques, les sérieux et les rigolos (dont beaucoup sont des anglais de la Hammer), je suis passé à autre chose.

Je l'ai revu quelques années plus tard car il me restait en mémoire et je m' interrogeais sur les qualités de ce film : il est peu reconnu internationalement, il n'existe en dvd qu'en VO non sous-titrée, et j'ai dû le commander en Angleterre.

Pour moi, il a trois qualités, essentiellement dans sa construction, que les habitués des films d'horreur d'hier et d'aujourd'hui trouveront peut-être bien banales.

La premiere est la scène d'introduction, d'une habileté diabolique dans sa progression dramatique, et qui culmine par une scène d'une surprenante violence, qui joue le jeu de la terreur sans fioritures.

Dans un loft remis à neuf, une femme est venue prendre ses affaires pour la derniere fois. D'abord on pressent que quelque chose peut arriver d'horrible, car on voit se profiler une menace réelle (une main tenant une faucille !), et ce qu'on craint n'arrive pas car elle s'en va saine et sauve, ouf on respire... Puis elle a oublié quelque chose dans ce lieu et mon Dieu elle revient, et là, une violence fulgurante se déchaîne...

Cette scène produit la deuxième qualité du film : plutôt que de nous mettre en position d'attendre, comme dans tout suspense, le moment où une scène à venir nous fera peur ou bien nous emportera, elle nous met en position d'espérer que jamais dans les 80 minutes qui suivent une telle scène ne se reproduira. Cette inversion - espérer que l'épouvante n'aura pas lieu (mais bien sûr elle aura lieu de nouveau une fois ou deux) - m'a paru très intelligente, alors une innovation, et je ne sais si ce procédé est devenu habituel dans ce genre de film, n'en ayant plus revu depuis longtemps.

La troisième qualité du film est l'alternance des deux lieux de l'épouvante.

A cette époque là, fin des années 70, c'est le loft (que les nouveaux riches ou les bobos réhabilitaient à tour de bras dans les périphéries des capitales) qui était devenu un cadre habituel pour ces films, rénovant celui, classique et historique, du manoir.

Ici donc, l'intrigue combine de manière habile et esthétiquement plaisante l'alternance des deux lieux, le loft urbain et le manoir campagnard, avec le même risque encouru dans les deux (est-ce hanté ? est-ce un meurtrier qui se déplace ? est-ce un complot de plusieurs assassins ?).

Quant aux intrigues secondaires, les fausses pistes, elles meublaient bien ou mal le propos mais peu importe, cela restait en dessous de la tension persistante qui était dominante : pourvu que ça ne revienne pas !

Je garde de l'affection pour ce film et je déplore qu'il n'ait pas eu une carrière à la hauteur de cet impact.

Mais sans doute les aficionados de ce genre de films doivent avoir de bonnes raisons de le négliger.

By the way, le titre français Hallucinations ne correspond à rien, il n'y rien de tel dans le film, et dans mon souvenir, son titre de l'époque (dans la Nuit du Fantastique où il était projeté) était la traduction littérale Le Retour, ce qui a en effet a du sens.

C'est la base même de l'intrigue : un chanteur de rock à succès, joué par l'américain Jack Jones (qui a un faux air de Robert Redford) revient au pays et sera confronté à une vengeance à laquelle il ne s'attend pas. (Le phénomène des groupies, montant depuis les années 60, était aussi un des backgrounds de l'époque). Le nouveau titre est dans doute dû à un sursaut tardif du distributeur pour attirer le chaland qui passe avec une tromperie.

Michael-Faure
8
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le 19 avr. 2025

Modifiée

le 19 avr. 2025

Critique lue 18 fois

Michael-Faure

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