Ces filles en robes de soirée, ces garçons aux nœuds papillons. Les crâneurs faisant vrombir la voiture, le rondouillard et l'appareil dentaire devant se contenter de marcher. Où se dirigent tous ces pas rythmés à la West side story ? Ils convergent vers le deli' de chez Monty où est organisé leur bal de fin d'année.


Ils sont en groupes, seuls, ils s'observent, dégustent leur hot dog ou leur sandwich ham on rye (référence au roman initiatique de Bukowski), hésitent quand à la nature de ce jour dont ils se souviendront toute leur vie et des choix qu'ils doivent y faire. Certains abordent, d'autres hésitent. Chacun se voit caractérisé par un défaut qui étrangement le rend plus beau, cette fille manque de confiance mais est probablement la plus jolie du groupe, cette autre a l'oreille droite décollée qui dépasse de sa chevelure mais n'est pas sans manquer de charme, le grand dadais semble plus réfléchi, le petit sûr de lui. Mais l'important c'est qu'en un plan, ils existent, tous.


Le rythme s’accélère, le choix des partenaires de bal se fait façon western, les doigts s'accrochent et la danse éclate. Un slow arrive, tout en flute et en harpe et débouche sur le climax éblouissant d'un premier baiser qui provoque un saut statique faisant grésiller toutes les lumières de la ville. Ils quittent le bal, sur des images DV en forme d'album souvenir. La jeunesse disparait sur le soleil couchant, ne laissant que les esseulés et les laissés pour compte.


Ceux-ci doivent alors se frayer un chemin dans une nuit lugubre et mélancolique peuplée d'adultes qui semblent regretter leur jeunesse perdue. Même la lumière bleutée de leurs cigarettes semble morte tandis qu'ils battent mollement les cartes d'un Uno en buvant des bières ou qu'ils errent en voiture à travers la ville.


Il est courageux pour Tyler Taormina d'avoir coupé en deux son film de cette manière. D'échapper aux grands drames ou au grandes émotions de sa première moitié. D'assumer ce contraste entre l'importance de la journée pour ces adolescents et la réalité de la fête anti-spectaculaire entre sandwich du bouge local et boule disco digne des plus petites salles des fêtes. Puis de se laisser entrainer dans la lenteur et le vague à l'âme d'une nuit sans but.


En ouvrant deux / trois pages web (mais je n'ai trop rien lu dessus avant de moi-même écrire), on voit rapidement apparaitre Lynch, décidément cité à toute les sauces. Si Ham on rye, par son utilisation des couleurs entre autres, n'est pas sans rappeler le récent Knives and skin (qui lui visait Lynch de manière plus claire), ce n'est pas du côté du réalisateur de Blue Velvet qu'il faudrait chercher, mais plutôt chez Gus Van Sant.


Ces affres de la jeunesse, savamment mêlées aux coupes de cheveux des coming-of-age movies des années 80/90 donne un film entre rire et chagrin qui trouve le ton juste. Comme tout premier film, Ham on rye n'est pas sans contenir quelques passages à vide, mais vite pardonnés étant donné le fourmillement d'idées (montage son impressionnant d'attention pour un premier) et une certaine ambition d'écriture sans éparpillement.

yhi
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le 11 janv. 2021

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