Hammam est un film d’auteur qui se revendique comme tel à tous niveaux. Comme c’est typique du genre, il y a un intérêt certain pour la palette de couleur, une volonté claire et nette de dépeindre, plus qu’une vie, une réalité socio-culturelle, pleine de petits symboles.
Comme dans la période du Romantisme, le décor dépeint ni plus ni moins que l’état d’esprit du personnage. Celui-ci, Francesco, italien riche et malheureux en ménage, solitaire et accro au boulot, se retrouve ratrappé par le passé d’une lointaine famille, suite à un héritage.
Bien décidé à vendre les biens dont il a hérité dans les plus brefs délais, Franscesco se retrouve happé dans Istanbul. Une ville qui n’est pas, comme dans la plupart des autres films ou images mentales, chatoyantes, et ensoleillée. Une Istanbul bleue, en reconstruction, et qui ne vit finalement qu’au bouche- à-oreille d’une communauté hyper soudée.
C’est ce qui émeut Franscesco, les liens entre les gens, leur spontanéité, c’est ça le thème du Hammam : comment de parfaits étrangers créent entre eux une intimité confortable, qui permet la détente, voir l’abandon. C’est ça que traduit le corps lorsqu’il va au bain, une volonté de se détendre, d’évacuer toute retenue, même si c’est de manière désuète, même si pour ça, il faut subir la conversation de petits vieux.
Il décide donc de se plonger au cœur de celle-ci, de repousser son retour à la vie aisée et aseptisée qu’il menait à Rome. Il s’émeut et recherche ce qui a mené sa tante inconnue à la vie en exil, il tente de recréer ce qu’évoquent les lettres-journal intime qu’il trouve, de se laisser toucher et atteindre.
Et en soi, malgré la lenteur qui se dégageait du film, malgré les attitudes un peu surjouées des acteurs, et quelques détours profondément inutiles, on ne peut pas parler de « vraiment mauvais film ». Ce que je lui reproche, c’est d’être profondément inintéressant. Pour un film qui se veut contemplatif, j’ai trouvé qu’on survolait chaque personnage, qu’on passait à côté de toutes les possibilités d’approfondir les choses. Le film manque cruellement de tension, et des langueurs que le personage cherche et trouve. On pourrait parler de « pudeur » et de « sensibilité », peut-être, et peut-être que je suis rustre et voyeur, mais j’ai trouvé qu’il y avait surtout un profond malaise dans la réalisation sur le thème abordé maladroitement, toujours par le biais. Et je déteste ça.
J’ai trouvé le personnage de l’épouse bien plus intéressant que son mari, et ne me suis pas étonnée de la voir voler la vedette à son mari, progressivement, dès son apparition en Turquie. Mais les dialogues et la mise en scène dramatisée empêchent toute tentative d’ambiance, et on continue d’éprouver seulement des sentiments en carton-pâte, et qui, encore une fois, n’aborde pas du tout les problèmes qu’on désirerait voir aborder
Enfin, dernière chose. Je n’ai jamais vu un meurtre aussi mal fait et mal amené que dans Hammam. Rien que pour cette scène complètement dépourvue de tout, alors qu’elle devrait être cruciale, je me permettrai de qualifier le film de médiocre.