Hamnet
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Hamnet

Film de Chloé Zhao (2025)

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Profondeur du théâtre et puissance du Cinéma

Très honnêtement, voir un autre biopic plus ou moins mensonger sur Shakespeare était la dernière chose dont nous avions envie en ce début 2026. Et le nom du très critiquable Sam Mendes (l’un des réalisateurs les plus désagréables et surévalués qui soit) à la production, même accompagné de celui de Spielberg (une référence un peu surprenante dans ce cas-ci), n’avait rien de rassurant. Car ce bon William a bon dos : comme on ne sait pas grand chose de réellement solide et confirmé sur lui, il est un parfait sujet de fiction. On se rappellera sans doute du très plaisant mais profondément « farfelu » Shakespeare in Love (John Madden, 1998) qui imaginait une vie mondaine et polissonne au grand auteur exilé à Londres, loin de sa famille « confinée » à Stratford-Upon-Avon. Un film commercial réussi qui démontrait qu’on pouvait attirer le grand public dans une salle seulement sur la base du nom de l’un des plus grands dramaturges de l’histoire, et lui vendre une rom com conventionnelle.

Hamnet, lui, est basé sur un livre guère plus sérieux historiquement, écrit par l’autrice nord-irlandaise Maggie O’Farrell, dont le projet était de mettre en avant au jeune fils de Shakespeare décédé de la peste bubonique, et largement ignoré dans les livres d’histoire. L’autrice a effectué des recherches sur la vie à la fin du XVIe siècle en Angleterre, et sur, bien entendu, le célèbre Globe Theater où les pièces de Shakespeare furent jouées pour la première fois, mais une grande partie de l’histoire sur lequel le scénario de Hamnet est construit est purement fictionnelle. Bref, oublions – et c’est tant mieux – le « biopic », et laissons-nous emporter une fois encore, après The Rider et Nomadland, deux très beaux films, par le cinéma de Chloé Zhao.

Car, en inventant une histoire d’amour flamboyante entre William et son épouse Agnès (dans la réalité, Anne), puis une vie familiale pour le moins chaotique, puisque le grand dramaturge préférait se consacrer à son théâtre à Londres qu’à ses proches, Hamnet ouvre des chemins totalement inattendus. Des chemins que Zhao emprunte brillamment, avec son goût pour l’allégorie poétique, et, surtout, pour la rudesse et l’âpreté.

Ce que fait formidablement bien ici Zhao, c’est utiliser la tendance naturaliste de son cinéma en faisant de la première partie du film une sorte de chant primitif célébrant la nature, les sens et les passions humaines. Cette première partie, exploitant au maximum la puissance du jeu de Jessie Buckley, merveilleuse sorcière rouge et révélation totale du film, est sans doute la meilleure, la plus exaltante, la plus belle. La Mort y est omniprésente, mais également indissociable des pulsions de vie qui explosent à l’écran.

Quand survient le drame, toute cette énergie se trouve inversée dans un long cauchemar – la mort d’un enfant, la destruction du couple – là encore remarquablement filmé, mais qui divise clairement les spectateurs et la critique. Certains critiques anglo-saxons ont parlé de « grief-porn », ce qui est une accusation très violente contre un film qui tente avant tout – et réussit – à matérialiser l’intolérable douleur du deuil, d’une manière très physique. Il faut certainement lâcher prise et accepter, non sans craintes, de se laisser entraîner dans ce flot de sensations très dures, et ce n’est pas là quelque chose de facile, ni de plaisant.

Et puis, il y a la dernière partie, celle où enfin (?), le « sujet-Shakespeare » vient au premier plan, celle qui voit le film culminer dans un paroxysme émotionnel irrésistible. Là encore, il y a ceux qui se laissent emporter par les torrents d’émotion des ultimes scènes du film (avec la représentation théâtrale populaire vue et filmée comme un concert de rock, bien loin du raffinement et de la « noblesse » du théâtre classique tel qu’on le voit aujourd’hui) : pour eux, dont pour le coup, je suis, le film est une réussite magistrale. Et il y a ceux qui, à l’inverse, déplorent les « grands moyens » utilisés pour que coulent nos larmes : la musique insistante, la mise en scène qui ne refuse pas la manipulation du spectateur, l’abandon de la belle rudesse du film pour rejoindre in extremis une forme beaucoup plus « hollywoodienne » (Spielberg, est-ce là ton influence ?). De fait, il n’est jamais plaisant de ne pas pouvoir résister à la puissance d’un film.

Mais peut-être faut-il arrêter de se vouloir trop « malin », et apprécier le tour de force qu’est Hamnet : accepter de se laisser emporter par une réalisatrice à la maîtrise époustouflante, que ce soit pour nous faire rêver et « planer », puis nous faire souffrir, et enfin nous faire vivre – physiquement – la manière dont l’Art « transcende » la Vie. Un programme ambitieux, parfaitement exécuté. Qui, en plus de révéler une nouvelle grande actrice en Jessie Buckley, confirme que Chloé Zhao, après avoir pris des risques certains (qui n’ont pas payé…) en se frottant au cinéma commercial de « super-héros », est désormais l’une de ces « super-auteurs / autrices » dont le Cinéma a tellement besoin.

[Critique écrite en 2026]

https://www.benzinemag.net/2026/01/21/hamnet-de-chloe-zhao-profondeur-du-theatre-et-puissance-du-cinema/

Eric-Jubilado
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le 21 janv. 2026

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