Hamsun
Hamsun

Film de Jan Troell (1996)

Von Sydow aura décidément difficilement démordu de sa langue natale, parlée même en Norvège avec le réalisateur comme seul compatriote d’importance, puisque le casting était norvégophone & sa femme danophone, de quoi modérer la conclusion à laquelle on aurait pu parvenir selon laquelle elle crachait ses mots par effet d’interprétation.


Ghita Nørby et lui auront de quoi mener des disputes dantesques, séparées qu’ils étaient dans leur vieille relation par la fibre artistique & les idéaux de l’écrivain. Tout n’aurait pas reposé sur le casting si ces affrontements ne se délitaient pas au montage, qui sépare les visages les uns des autres et ne sait se décider entre l’émotion du gros plan ou la composition quasi-architecturale de scènes qui perdent de leurs atouts dans la dualité.


Mais tout PEUT reposer sur le casting : Von Sydow continue de jouer les mourants et y arrive ici mieux que jamais, même séparé de son pays & de sa langue, bien servi par des collègues qui ont tout le répondant nécessaire et des textes trilingues fonctionnant admirablement bien ensemble, comme si Troell avait eu l’arrogance de transcender le jeu de scène en la privant du concept de ”réplique” et qu’il y était arrivé.


On passe peu de temps à observer l’image, qui ne semble pas l’objet quand on remarque les cadrages souffreteux, mais Troell a dépeint une œuvre aussi néo-réaliste que le style de Knut Hamsun lui-même, le vrai. Il ne faut pas longtemps pour se rendre compte à quel point les acteurs sont choisis sur mesure, taillés dans le roc pur du cinéma pour représenter les meneurs & les pantins tour à tour d’un royaume guerroyant oublié : la Norvège pendant la Seconde Guerre mondiale, pour une fois traîtresse à la cause de sa proximité tous azimuts avec la Suède en ce qu’elle avait cédé aux miroitements du nazisme. Comme tout le monde à l’époque, rappelle Max Von Hamsun.


Von Sydow est Hamsun, pourraient dire les affiches. Mais c’est vrai : il est le même stoïque nonagénaire et se fait doucement une place au rang des plus brillantes interprétations de personnages réels.


Quantième Art

EowynCwper
7
Écrit par

Le 25 août 2019

Critique lue 185 fois

Eowyn Cwper

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