Hamsun
6.3
Hamsun

Film de Jan Troell (1996)

Von Sydow aura décidément difficilement démordu de sa langue natale, parlée même en Norvège avec le réalisateur comme seul compatriote d’importance, puisque le casting était norvégophone & sa femme danophone, de quoi modérer la conclusion à laquelle on aurait pu parvenir selon laquelle elle crachait ses mots par effet d’interprétation.


Ghita Nørby et lui auront de quoi mener des disputes dantesques, séparées qu’ils étaient dans leur vieille relation par la fibre artistique & les idéaux de l’écrivain. Tout n’aurait pas reposé sur le casting si ces affrontements ne se délitaient pas au montage, qui sépare les visages les uns des autres et ne sait se décider entre l’émotion du gros plan ou la composition quasi-architecturale de scènes qui perdent de leurs atouts dans la dualité.


Mais tout PEUT reposer sur le casting : Von Sydow continue de jouer les mourants et y arrive ici mieux que jamais, même séparé de son pays & de sa langue, bien servi par des collègues qui ont tout le répondant nécessaire et des textes trilingues fonctionnant admirablement bien ensemble, comme si Troell avait eu l’arrogance de transcender le jeu de scène en la privant du concept de ”réplique” et qu’il y était arrivé.


On passe peu de temps à observer l’image, qui ne semble pas l’objet quand on remarque les cadrages souffreteux, mais Troell a dépeint une œuvre aussi néo-réaliste que le style de Knut Hamsun lui-même, le vrai. Il ne faut pas longtemps pour se rendre compte à quel point les acteurs sont choisis sur mesure, taillés dans le roc pur du cinéma pour représenter les meneurs & les pantins tour à tour d’un royaume guerroyant oublié : la Norvège pendant la Seconde Guerre mondiale, pour une fois traîtresse à la cause de sa proximité tous azimuts avec la Suède en ce qu’elle avait cédé aux miroitements du nazisme. Comme tout le monde à l’époque, rappelle Max Von Hamsun.


Von Sydow est Hamsun, pourraient dire les affiches. Mais c’est vrai : il est le même stoïque nonagénaire et se fait doucement une place au rang des plus brillantes interprétations de personnages réels.


Quantième Art

EowynCwper
7
Écrit par

Créée

le 25 août 2019

Critique lue 223 fois

Eowyn Cwper

Écrit par

Critique lue 223 fois

D'autres avis sur Hamsun

Hamsun

Hamsun

7

XipeTotec

1365 critiques

Critique de Hamsun par XipeTotec

7,25/10 Un film aride, difficile, mais d’une aridité sans doute nécessaire pour donner à voir la fin si disharmonieuse du plus grand poète de Norvège. Combien forte alors est l’idée de ces dialogues...

le 26 août 2017

Hamsun

Hamsun

7

EowynCwper

1364 critiques

Critique de Hamsun par Eowyn Cwper

Von Sydow aura décidément difficilement démordu de sa langue natale, parlée même en Norvège avec le réalisateur comme seul compatriote d’importance, puisque le casting était norvégophone & sa...

le 25 août 2019

Du même critique

La Forêt sombre

La Forêt sombre

3

EowynCwper

1364 critiques

Critique de La Forêt sombre par Eowyn Cwper

(Pour un maximum d'éléments de contexte, voyez ma critique du premier tome.) Liu Cixin signe une ouverture qui a du mal à renouer avec son style, ce qui est le premier signe avant-coureur d'une...

le 16 juil. 2018

Ne coupez pas !

Ne coupez pas !

10

EowynCwper

1364 critiques

Du pur génie, un cours de cinéma drôle et magnifique

Quand on m’a contacté pour me proposer de voir le film en avant-première, je suis parti avec de gros préjugés : je ne suis pas un grand fan du cinéma japonais, et encore moins de films d’horreur. En...

le 26 oct. 2018

Cargo 200

Cargo 200

7

EowynCwper

1364 critiques

Se mettre la Russie ado

Le Cargo 200, c'est le cercueil rapatrié d'un militaire soviétique tombé en Afghanistan. Balabanov montre le conflit comme un drame ignoré de tous, mais ce n'est finalement ni plus ni moins que la...

le 17 oct. 2020