Bon thriller psychologique, qui pourrait ressembler à un digne mélange de Rebecca et Soupçons de Hitchcock. Les personnages principaux et les seconds rôles sont très bien; Charles Boyer, fidèle au rôle d'amoureux romantique à l'accent français, saura ici se transformer en mari manipulateur, son emprise graduelle se lit sur son visage lorsqu'il serre ses lèvres, lève le menton et mets ses sourcils en circonflexe. Ingrid Bergman a quant à elle, tout le talent pour exprimer le doute et la dévalorisation qui l'envahissent à s'en croire folle. Film en noir et blanc, le réalisateur utilise les ombres de la nuit pour les rues embrumées du Londres du 19ème éclairées aux lampadaires à gaz. Il situe aussi le récit dans une ténébreuse et lugubre demeure victorienne du Thornton Square. Il plane un inquiétant et funeste mystère dans cette maison héritée par Paula suite à l'assassinat non élucidé de sa tante. Puis enfin les sombres intentions du mari apparaissent au spectateur, subtilement et insidieusement il manipule mentalement son épouse; elle s'effraye de bruits de pas, de flammes des lampes à gaz qui vacillent, et de l'intensité de la lumière qui baisse alors qu'elle est seule dans la maison; elle dépérit sans résistance. Un policier du quartier connaissant l'affaire du meurtre de la tante enquêtera.
C'est ainsi que le terme Gaslight [gaslighting] qui provient de la pièce de théâtre de 1938 "Gas Light" et des deux adaptations cinématographiques, désigne maintenant ce processus graduel de manipulation mentale toxique.