Réactionnaire et jouissif
La vengeance fait parti de mes thèmes favoris au cinéma. Elle est souvent propice à toutes les exagérations, à la violence voire même au sadisme. Elle à même donné vie à certains sous genres de l’horreur, le Torture Porn ou le Rape and Revenge en tête. Harry Brown ne fait pas parti de ceux-là, il correspond plus au genre du Vigilante, ou un justicier se décide à tout péter histoire de faire éclater la vérité ou de remettre de l’ordre. Alors quand le vieux Michael Caine perd sa femme et que son seul ami se fait tout bonnement exécuter par la racaille du coin, il se dit qu’il est peut-être temps de passer aux choses sérieuses.
Il ne faut pas chercher plus loin dans cet énième film de justicier, le but n’étant pas ici de faire dans la dentelle ou de proposer une quelconque critique de la société actuelle. Malgré une volonté évidente d’en foutre plein la gueule à certains et de dénoncer une société moderne inefficace contre les cas sociaux en tout genre, Harry Brown est avant tout un film réactionnaire et percutant qui sera surtout là pour remettre les choses à leur place. Noire et glaciale, la bobine se veut réaliste et choquante, n’hésitant pas à nous mettre face à des situations atroces mais véritables. Camés en tout genre, viols, passages à tabac ou encore meurtres d’enfants, le film surprend par sa constante tristesse et son pessimisme ambiant qui nous dépeint une société anarchique dont la seule issue est la destruction. Une société dans laquelle on préfère vivre dans le dénis plutôt que de faire face à la réalité quand les choses deviennent trop difficiles à accepter.
Un dénis que ne peut plus accepter Michael Caine évidemment vu qu’il va soudainement se mettre à tout péter, sans sourciller, et avec classe. Car derrière ce vieux monsieur un peu lent se cache un véritable guerrier qui ne loupe jamais sa cible. Tête qui explosent, tirs dans la gorge, torture, on prend un pied d’enfer à le voir infliger sa colère sur ces jeunes de banlieues qui pensent être les maitres du monde. Grâce à sa réalisation sobre, grisâtre et son rythme lent, le film nous mettra constamment à cran, lorsque que soudainement il se décide à balancer la sauce. Bien que ce rythme un peu longuet ternisse un peu le tout, l’ennui ne fera que très peu son apparition tant la sobriété et la justesse du jeu de Michael Caine nous enchante, tout en finesse lorsqu’il récite un laïus à ses victimes. Un personnage qui ne s’embarrasse donc pas de réflexions inutiles et de questionnement sur lui-même, celui-ci étant prêt à utiliser la racaille comme d’un appât au bout d’une laisse. Il n’y qu’un moyen de régler les choses, et c’est en sortant les pétoires.
Tel un bon vieux film avec Charles Bronson, Harry Brown fonctionne parfaitement car il va droit dans le fond des choses. Et force est de constater qu’il arrive à nous convaincre, après tout, qui regrettera ces gamins qui foutent la merde ? Si la justice ne fait rien, qu’y a t-il comme autre moyen que de passer un bon coup de balai ? Les parents ne font rien, préférant continuer à croire que leurs chers enfants sont blancs comme neige et la police quant à elle ne fait pas le poids. Certains remettront en cause, tout en légitimité, cette façon de voir les choses. On pourrait même débattre longuement sur le sujet et se demander jusqu’où la situation pourrait dégénérer à partir de ce point mais on ne peut nier l’intérêt de ces actions, et beaucoup seraient heureux de voir ce genre de choses réellement se produire malgré le côté extrême et irréfléchi.
Bref Harry Brown est un film maitrisé, choquant et parfois vulgaire qui n’hésitera pas à aller droit au but plutôt que de passer par des raccourcis inutiles. Un film qui sert clairement d’exutoire à ce que l’on peut voir dans la rue parfois et qui nous ronge de l’intérieur. Certains pourront pester sur son côté lent voire mou et son manque de créativité dans le genre du film de justicier mais sa patte visuelle tout en sobriété et son pessimisme ambiant lui offre un argument de poids. C’est crade, glauque et dégueulasse, mais ne tombe jamais dans le caricatural et l’obscénité gratuite. A une époque ternie par la délinquance qui prends de l’ampleur, le manque d’actions et l’impuissance des forces de l’ordre, Harry Brown propose une solution radicale, qu’on pourrait facilement remettre en cause, mais qui fait du bien. Un film nécessaire pour se vider la tête et l’esprit face à des incivilités grandissantes.