Harry Brown est l'un des films les plus sombres que j'ai pu voir et revoir dans mon existence de cinéphile. Il commence par une séquence qui calme, d'entrée, lorsque deux jeunes en moto et sous emprise de crack s'en prennent à une mère promenant son bébé avant qu'eux-mêmes, filmant avec leur portable leur folie mortifère, se prennent frontalement un camion dans leur fuite.
Puis on assiste au réveil de Harry Brown, un vieillard vivant seul dans son appartement de banlieue, un vieillard sans histoire. Dans son appartement règne un silence presque assourdissant dans la clarté matinale, accentuant la solitude du personnage prenant son petit déjeuner aux seuls sons du thé qui se verse dans une tasse et du raclement d'un couteau sur une tranche de pain grillé.
Michael Caine tient à merveille son rôle de veuf fatigué, fragilisé, venant tout juste de perdre sa femme malade et hospitalisée, puis son seul ami tué par des jeunes délinquants sans foi ni loi qui squattent incessamment un passage souterrain qu'il préfère éviter. Il est esseulé dans son chagrin qui arrive à crever le cœur, puis révolté de l'impuissance de la police n'ayant pas écouté les plaintes de son meilleur ami avec qui il faisait des parties d'échec dans le pub du coin. Un pub où quelques toxicomanes ne se cachent plus pour exercer leur néfaste commerce.
Le film rend compte d'un constat d'échec d'une société devenue malade, ici focalisée sur un quartier d'une banlieue londonienne sous ambiance froide et humide, et rendue invivable par une minorité d'individus violents, acteurs de tous les trafics possibles ainsi que d'actes de violences sur des personnes osant s'opposer à eux. Arrosant un peu trop pour noyer le deuil de son vieil ami, Harry Brown, ivre, retrouve peu après ses vieux réflexes d'ancien marine, d'ancien homme qu'il était, en toute légitime défense contre un toxicomane lui pointant un couteau. N'ayant plus rien à perdre lui aussi, il décide d'agir, au risque d'attirer des soupçons d'une officier de police (Emily Mortimer) jouant un peu l'assistante sociale restant dans les limites légales de la loi.
Parmi les rôles marquants, Sean Harris (Délivre Nous Du Mal, Prometheus), donne une prestation vraiment inquiétante dans son rôle de dealer efflanqué lors d'une longue séquence tout aussi marquante, oppressante et glauque à souhait. Le malaise est palpable jusqu'au feu purificateur, comme une délivrance. Et d'Harry Brown de continuer de faire le ménage, de rendre justice à son vieil ami, jusqu'à l'ambiance finale des émeutes incendiaires lors d'une opération majeure nocturne de la police venue appliquer la tolérance zéro, passant l'enquête des meurtres par vengeance en seconde priorité qui finit dans un huis clos tendu.
Le personnage de Noel Winters, l'un des meneurs de la bande de délinquants, est joué par un certain Plan B, un rappeur que je ne connaissais pas plus que ça et qui a une tête que l'on n'est pas près d'oublier également dans ce film.
Le personnage d'Harry Brown est loin d'être tel le justicier que jouait Charles Bronson ; il est un vieil homme vers le bout de sa vie, risquant sa santé car limité par un problème respiratoire qui faut le faire sombrer, au point de demander la mort vers la fin face à un antagoniste qui le met en joue. Je suis loin de penser qu'il prend plaisir à ce qu'il fait en nous rappelant qu'il n'a jamais partagé ses faits d'armes à la femme qui avait partagé sa vie. Bien sûr, on peut se dire que les crapules violentes méritent ce qu'il leur arrive mais, malgré cela, on n'en sort pas réjoui de ce thriller sombre et étouffant montrant une socialité d'un quartier désembelli, gangréné par de la misère et où la paix et l'ordre sont mis en échec et, sans oser ajouter par delà, mat.