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Il faut bien l’admettre, il m’est difficile d’être impartial concernant Harry Potter. C’est après tout par cette série de livres que j’ai commencé à lire, et j’avais peu ou prou l’âge des protagonistes alors que les films sortaient, en faisant une œuvre qui m’a accompagné durant toute mon adolescence, crushant fort sur Hermione comme tous mes camarades de classe et vivant les mêmes tourments émotionnels qu’Harry et Ron grandissants.
Ce devrait être la madeleine proustienne par excellence.
Sauf qu’à revenir sur les films avec un regard plus détaché, cette madeleine à un côté un peu secos qui n’est pas aussi réconfortant que je l’aurais désiré. Non pas que ce premier épisode soit mauvais, ni même que je ne lui reproche son côté très enfantin (c’est après tout la cible première, et j’étais subjugué à l’époque). Mais plutôt que les coutures grossières de cet univers incohérent sont bien trop visibles.
Rien n’a vraiment de sens dans ce monde : des règles du Quidditch complètement débiles (remarque que je me faisais déjà à huit ans) à l’illogisme des capacités des fantômes et tableaux, en passant par l’existence de la maison Serpentard où l’on parque tous les futurs sacs à merde (mais le manichéisme c'est plus simple), tout sonne factice, symptomatique d’une paresse d’écriture qui se construit entièrement autour d’Harry et de ses besoins en tant que héros. Il n’y a qu’à voir les obstacles qui gardent la pierre philosophale, désignés tout particulièrement pour correspondre aux forces du trio, ou l’existence même du vif d’or qui est une aberration logique, et c’est sans compter sur toutes les “technologies” de sorciers qui apparaîtront dans les épisodes suivant dès lors que leur besoin est exprimé, comme tant d’excroissances scotchés là par facilité : poudre de cheminette, portoloins et autres retourneurs de temps…
Une liste de doléances qui s’adresse finalement plus à l’écriture de J.K. Rowling qu’à cette adaptation elle-même, j’en conviens. Mais les chiens ne font pas des chats, et si le matériau de base est bancal, son adaptation a peu de chance de briller sur ce tableau.
Fort heureusement, la Warner étant bien consciente de la poule aux œufs d’or qu’elle possède alors, elle a mis les bouchées doubles dans la production value : décors merveilleux que l’on intègre rapidement dans l’imaginaire collectif, immersion dès les premiers pas dans le Chemin de Traverse, musique fantastique de John Williams qui s’est ancrée d’emblée dans les oreilles des spectateurs, casting réussi tant chez les enfants que chez les adultes… Le seul problème provient sans doute de Chris Columbus dont je n’ai jamais été fan du travail, même gamin (Home Alone et autres Mrs. Doubtfire compris). Sa réalisation est plate, et ce n’est pas le fantastique troisième volet d’Alfonso Cuarón qui la met en valeur par le biais de la comparaison.
J’étais initialement dubitatif lors de l’annonce d’une série HBO pour rebooter la franchise, mais après avoir revu (pour la énième fois depuis mes tendres années) cet épisode initiateur, je ne peux m’empêcher de me dire que l’on peut faire mieux, beaucoup mieux. Alors pourquoi pas pour la série donc…