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Ermites de Sisyphe.
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le 11 déc. 2023
Michael Mann est aujourd’hui un réalisateur de renom à Hollywood et a connu son apogée avec la sortie de Heat en 1995 en réunissant un duo de monstres sacrés du cinéma, un duel d’anthologie entre Al Pacino et Robert de Niro qui se retrouvaient alors plusieurs années plus tard après Le Parrain 2. Evidemment, on retient la prestation des deux acteurs mais conjuguée à la mise en scène maitrisée de son réalisateur, cela accouche d’un polar rapidement considéré comme culte dans le cinéma moderne. Une histoire de braquages qui dépoussiérera le genre grâce aussi à l’écriture de Michael Mann car au-delà de la réalisation, il s’occupera également du scénario avec une écriture au diapason. L’homme sortait du succès du Dernier des Mohicans en 1992 et avant d’enchainer avec Révélations puis Ali, il s’inscrivait de suite parmi les noms sur lesquels il fallait compter dans le paysage cinématographique. C’est aussi le début d’une signature distinctive en termes de mise en scène qu’il réexploitera dans le plupart de ses films suivants notamment dans le registre du polar qu’il affectionne tout particulièrement. On pense forcément à Collatéral avec Tom Cruise et Public Enemies avec Johnny Depp qui sont presque les successeurs de ce Heat qui constitue le film qui a probablement chamboulé le genre mais l’a aussi renouvelé, tellement que plusieurs longs-métrages par la suite s’en sont inspirés sans jamais pour autant atteindre la même réussite. Au-delà de son duo d’acteurs stars, il faut également souligner un casting incroyable, de Val Kilmer à Jon Voigt en passant par Ashley Judd ou encore Natalie Portman et encore tant d’autres.
Dès l’introduction, le film se distingue par ce ton froid et bleuté qui restera l’identité visuelle de ce long-métrage qui contraste avec les teintes orangées habituelles de Los Angeles. Le réalisateur parvient à distiller une ambiance tout en nous présentant progressivement les différents protagonistes de son histoire. Tout est paramétré et nous amène à une séquence de braquage parfaitement magnifiée par la mise en scène millimétrée de Michael Mann. Un braquage emmené par un Robert de Niro charismatique en gangster accompagné de sa bande. Il sera confronté à un inspecteur de la police de Los Angeles joué par Al Pacino qui va transformer cette enquête en une véritable quête obsessive. Cependant, Heat n’est pas une simple histoire de braquages et s’éloigne du polar classique aux clichés faciles. Le film dessine un portait profond de ses personnages jusqu’au moindre détail en les suivant dans leur quotidien, présentant leurs faiblesses et leurs forces. Une épaisseur inattendue qui permet de s’éloigner du schéma archétypal du flic contre le braqueur. Michael Mann met en place une confrontation qui va crescendo jusqu’à un dénouement intense et émouvant. Au-delà de sa mise en scène, le film impressionne par la justesse de ses dialogues parfaitement sublimés par les prestations de ses acteurs à commencer évidemment par Robert de Niro dans le rôle du gangster attachant, solitaire avec des principes face à Al Pacino en flic tenace et obsédé aux manières peu orthodoxes qui délaisse sa famille afin de mener sa quête. Une dualité qui est au cœur de l’intrigue et sur laquelle le film se repose essentiellement. Le film épate par la maitrise de son écriture avec la mise en place de plusieurs sous-intrigues en plus de multiplier les personnages. Pourtant, on ne se sent jamais perdu et au contraire on apprécie cette histoire si profonde. C’est sans oublier le casting dans son ensemble, les deux acteurs sont entourés de seconds rôles marquants à commencer notamment par Val Kilmer. Beaucoup d’entre eux ont droit à un temps de présence à l’écran qui permet de les travailler au lieu de se contenter du minimum syndical. Heat se démarque aussi par son rythme, posé qui ne tombe pas dans l’action à outrance pour mieux magnifier certaines séquences qui sont devenues iconiques. Bien sûr la caméra de Michael Mann n’y est pas pour rien mais le choix de filmer Los Angeles comme un personnage à part est un choix cohérent, rarement la ville a laissé de son empreinte sur un film. On pense tout de suite à cette fusillade urbaine d’une densité folle. On pourra pardonner certaines longueurs contemplatives, malheureusement le film donne le sentiment parfois de se regarder dans un miroir mais cela n’enlève en rien la performance de haute volée dans son ensemble.
Heat n’est pas juste un polar de haute facture, c’est un film fleuve qui a marqué l’histoire du cinéma. Près de 30 plus tard, il demeure toujours l’une des œuvres cultes du cinéma entre son écriture maitrisée, son duel d’acteurs stars, sa mise en scène soignée. Il est difficile de se remettre de ces 2h50 avec l’impression d’avoir vu un de ces films qui laisse une trace. Michael Mann, lui, poursuivra sa carrière avec beaucoup de réussite, avec entre autres Collatéral en 2004 qui s’inspire beaucoup de ce Heat. Une réussite qui l’accompagnera jusque dans les années 2000 avant de prendre un peu de recul après l’échec de Hacker en 2015. Néanmoins, il reste un metteur en scène que l’on suit attentivement pour ses prochaines propositions à commencer par son retour derrière la caméra avec Ferrari avec Adam Driver qui doit sortir prochainement.
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le 22 juin 2023
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