Les indiens pensent qu'il est funeste de parler des choses passées ou non advenues.

Certaines scènes sont très belles: la mère subissant un inquiétant malaise près du grand arbre, en compagnie du fils Jakob, dansant parmi les champs aux premiers signes de regain vital, tandis que le frère s'est absenté de la scène du drame pour trouver du secours (schéma annonciateur de sa future position d'exilé, hors de la heimat) ; la scène nocturne sous la pleine lune expressionniste où les deux jeunes amis s'unissent par la pensée aux peuples amazoniens en évoquant le langage pacifiste idoine ; le départ du frère avec le travelling arrière se distançant de la famille puis de la communauté toute entière jusqu'à rejoindre l'immense procession des caravanes ; le décès du grand-père annoncé par un regard en mouvement subjectif, en suspension, incarné par la mort elle-même au son du métier à tisser entêtant...

Ceci mis à part, j'ai été peu troublé par le souffle historique que cette chronique se disposait à exprimer, en évoquant la grande Histoire par le biais du quotidien communautaire. Trop implicite ou littéraire la plupart du temps peut être, dans son évocation des évènements, de la réalité national, très riche, hormis la descente du Rhin en radeau par les étudiants insurgés, les caravanes ponctuant régulièrement le récit ou l'emprisonnement de Jakob...

Image magnifique au grand angle, courbant la réalité significativement lorsque les sujets se rapprochent, à l'image du héros constamment pensif. Composition et mise en scène brillantes qui en font un peu trop (comme dit le proverbe très chiant: "Trop peu n'en faut !"), comme dans "Aferim !" de Radu Jude, avec un cadre saturé, et des mouvements de caméra impressionnants mais superflus (Malick, Kurosawa).

A revoir sans doute, plus disposé probablement.

Flip_per
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le 8 janv. 2024

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