Hell très rasoir - les cénobites tranquilles, par pitié !

Il y avait sans doute quelques bonnes idées, la meilleure étant probablement de ne pas chercher à reproduire l'histoire des personnages imaginés par Clive Barker. Elles ne suffisent toutefois pas à sauver l'ensemble. Quarante ans après la publication de The Hellbound Heart, David Bruckner pouvait légitimement approfondir cet univers en tenant compte de son héritage. Pourtant, puisqu'il s'agit d'un reboot, il aurait été plus judicieux de repartir de zéro afin que le spectateur découvre les cénobites sans bagage préalable.

L'un des principaux défauts du film est sa volonté d'expliquer absolument tout. Les recherches sur Roland Voight, la documentation déjà constituée sur les puzzle box et les cénobites, les informations accessibles comme dans une encyclopédie de l'occultisme : le mystère disparaît presque entièrement. Là où le film original nous faisait découvrir cet univers progressivement, à travers les regards de Julia puis de Kirsty, le remake met très vite toutes les cartes sur la table. D'un point de vue narratologique, cette différence est essentielle : dans le premier film, le spectateur partage l'expérience des personnages et découvre les événements avec eux ; ici, l'univers semble déjà parfaitement répertorié, comme s'il existait un Wikipédia consacré aux cénobites. Cette accumulation d'explications tue le suspense et affaiblit considérablement la fascination qu'exerçait l'inconnu. Cette volonté de tout rationaliser se traduit aussi par un rythme laborieux. À force de développer le fonctionnement des puzzle box et la mythologie qui les entourent, le film s'étire inutilement et finit par devenir ennuyeux.

Le recours aux séquences oniriques participe également à cette impression. Les cénobites apparaissent régulièrement dans les rêves de l'héroïne pour discuter, négocier ou la tenter. Barker utilisait ce procédé avec beaucoup plus de retenue ; ici, son usage répété finit par banaliser ces créatures, qui perdaient justement leur pouvoir de fascination lorsqu'elles intervenaient avec parcimonie.

La photographie constitue un autre point faible. Une grande partie du film est plongée dans une obscurité permanente qui nuit autant à la lisibilité des scènes qu'à leur impact visuel.

Enfin, le film passe à côté de ce qui faisait la singularité de l'œuvre de Barker. Hellraiser ne se résume pas à des monstres ou à une mythologie occulte : c'est aussi une réflexion sur le désir, l'obsession et l'escalade des plaisirs interdits. Frank et Julia incarnaient parfaitement cette quête de sensations qui conduit à la damnation, tandis que Larry et Kirsty formaient un contrepoint moral indispensable à cette dérive. Leur relative innocence mettait en valeur la corruption des autres personnages et donnait toute sa portée au récit. Le remake abandonne cet équilibre. La sexualité y est montrée de manière beaucoup plus frontale, là où Barker privilégiait, relativement l'implicite et l'évocation. De plus, les personnages sont archétypaux des adolescents stupides de nombreux films slashers. Impossible de s'identifier à eux, faute de trouver un véritable point d'ancrage comparable à celui qu'incarnaient Kirsty et Larry.

Cette perte de sens se retrouve également dans les nouveaux looks des cénobites. La réinterprétation androgyne de Pinhead s'inscrit dans cette même logique, tout comme celle des autres. Une telle évolution aurait pu être intéressante si elle avait apporté un nouvel éclairage sur les thèmes de Hellraiser ou sur la nature de ces créatures. Or, les cénobites de Barker traduisaient visuellement la confusion entre extase, souffrance et damnation grâce à une esthétique ouvertement sadomasochiste, où chaque détail participait d'une réflexion sur le péché et la transgression. Ceux du remake paraissent surtout relever d'un body horror démonstratif : leur apparence impressionne à peine et ne semble plus porter de véritable signification symbolique. Ils deviennent de simples objets de monstration plutôt que les représentations d'une philosophie de l'excès et du châtiment.

Au final, ce Hellraiser ne parvient jamais à retrouver le mystère, la suggestivité et l'efficacité du film de 1987. Son principal mérite est finalement de rappeler à quel point la version originale conjuguait richesse symbolique, fascination visuelle et cohérence dramatique, là où ce remake ne propose qu'une relecture plus explicative que véritablement inspirée.

AntonCHC
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