Après redécouverte, quelle déception !


Donald Westlake au scénario, Lee Marvin revisité par Mel Gibson en dur à cuire hard boiled : sur le papier, il y avait matière.


Porter cherche à se venger, et ses pérégrinations le conduisent toujours à un intermédiaire en dessous de la cible qu'il vise. Il remonte patiemment l'écheveau de la pègre qui se déploie devant lui. Alors il ruse, il négocie, il cogne parfois, jusqu'à poursuivre sa quête. Mais attention : cet entêtement se justifie pour une bagatelle de 70 000 dollars, ce que plusieurs personnages du film ne manquent d'ailleurs pas de juger dérisoire au regard de l'énergie déployée. Une affaire de principe, donc ; l'honneur chez les truands, comme c'est beau...


Le problème est que cette mécanique narrative finit par tourner en rond. La première moitié installe efficacement la progression obstinée de Porter, mais la seconde donne davantage l'impression d'exploiter encore et encore le même ressort dramatique. Les dialogues comiques, notamment grâce aux policiers patauds, apportent un peu de légèreté sans réellement relancer l'intérêt. Et lorsque le rythme menace de faiblir, Helgeland semble souvent recourir à des fusillades ou à des bagarres pour maintenir artificiellement la tension.


Le plus dérangeant reste néanmoins la caractérisation des personnages. Le fils Bronson reçoit la Ferrari d'anniversaire de la part de son papa mafieux, le détective Hicks rêve de son bateau, Porter voudrait profiter tranquillement du produit de ses larcins avec son amie Rosie : chacun poursuit un objectif matériel et considère le crime ou la corruption comme un moyen parfaitement acceptable d'y parvenir. Dans un film noir, l'ambiguïté morale est généralement une richesse ; ici, elle paraît poussée jusqu'à l'uniformité. Aucun personnage ne sert véritablement de contrepoint aux autres, aucun ne semble échapper à cette logique intéressée. Cette absence de contraste finit par appauvrir le regard que le film porte sur son univers. Sorti en 1999 mais encore marqué par le cynisme des années 1980, ce néonoir très homogène dans sa noirceur manque de nuances et laisse finalement sur sa faim.

AntonCHC
6
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le 24 juin 2026

Modifiée

le 25 juin 2026

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AntonCHC

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