Hellraiser III : Hell on Earth (Anthony Hickox, U.S.A, 1992)

Fini les huis-clos, fini les enfers, cette fois c’est dans la street, sur Terre, que ça se passe. Quatre ans après le second volet, débarquait ainsi une suite que personne n’attendait particulièrement. Clive Barker n’est plus présent qu’au poste de producteur exécutif, et Peter Atkins rempile au scénario, co-écrit avec Tony Randel qui devait réaliser le film, mais s’est fait virer par les producteurs.


À la réalisation est présent Anthony Hickox, metteur en scène des ‘’Waxwork’’, comédies horrifiques sympathiques, mais qui cassent pas trois concessions à la CFDT. Il a également commis ‘’Prince Valiant’’ en 1997. Du sérieux quoi… Une fois de plus derrière la caméra c’est pas fou fou. Et le résultat s’en fait forcément ressentir. Car malgré la richesse de l’univers proposé par Clive Barker, le film est un peu fainéant. N’ayant pas grand-chose à raconter il se contente de recopier des moments clés aperçus dans les deux premiers volets.


Sur un ton plus léger, le métrage reprend plus ou moins là où le second film se terminait. Sauf que cette fois le récit suit un gros connard de riche qui aime l’occulte. Queutard, drogué et visiblement inconscient, il n’utilise non pas la boite de Lemarchand en connaissance de cause, mais par pur accident. Incarnation de l’égoïste imbus de lui-même, interprété par un acteur des moins convaincant, JP Morgan est ainsi un cliché ambulant.


Bref, l’histoire suit en parallèle une journaliste à la recherche du scoop de sa vie. Sur son chemin elle croise le chemin d’une meuf paumée, qui l’amène sur les traces du connard décrit plus tôt. L’enquête est assez peu intéressante, mais ça de toute façon le film s’en bat un peu la pellicule, puisque ce qui l’intéresse c’est Pinhead. Un problème qui sera encore plus criant dans l’opus suivant, mais qui commence déjà ici à déraper.


En effet, dans les deux premiers films Pinhead est un personnage secondaire, charismatique en diable (hé hé), mais seulement présent pour venir chercher les âmes qui l’ont fui. Le problème est que le public a très rapidement adopté Pinhead, avec son look extrême qui pète la classe. Donc pour les producteurs, il faut plus de Pinhead, et construire une histoire autour de lui.


‘’Hellraiser III’’ se concentre ainsi sur la figure du Cénobite en chef, sans le développer d’avantage, mais en lui filant des punchline dignes d’un Freddy Krueger. Dès lors les Cénobites basculent vers de banales croque-mitaines. De nouveaux Cénobites apparaissent, avec des pouvoirs assez risibles : Celui avec une caméra à la place d’un œil, ou l’ancien DJ avec des cd plantés dans le crâne, et la capacité de jeter des cd, comme arme, à volonté…


Le ton de ce troisième film se fait clairement plus léger, ce qui était d’ailleurs une crainte de Clive Barker. Voir son œuvre aseptisée pour devenir légère, était l’une de ses préoccupations lors de la production. Il émit beaucoup de réserves sur le choix d’Anthony Hickox, habitué aux comédies horrifiques. Des peurs justifiées puisque du premier degré, la saga passe au Grand-Guignol aux limites du comique.


Mais le but principal du métrage est avant tout d’iconiser Pinhead, au maximum. Afin de capitaliser à donf sur la popularité du personnage. Ainsi, il pose, pour faire claquer le visuel. Vu le look du personnage c’est très souvent réussi, mention spéciale à la séquence dans l’église, lorsqu’il prend la pause du Christ derrière l’autel, devant un vitrail, révélant des stigmates de Jésus, tel un antéchrist superstar.


L’iconographie magnifique et iconique au possible, renvoie même à la mythologie méta’ développée par Cive Barker. Le problème est qu’ici elle est vide de sens. Cette séquence dans l’église n’est pas vraiment exploitée, se contentant d’être visuellement spectaculaire, mais s’avérant des plus veines. Belle, mais vide.


C’est également le cas avec la séquence du massacre dans la boite de nuit, un moment clé où Pinhead, fraichement revenu de… (on sait pas trop, y’a pas tellement de logique), pète un câble et trucide, un peu gratuitement, des centaines de personnes. Désormais les Cénobites sont juste des tueurs de masses. Les innocents payent ici le prix fort, sans raisons apparentes, car ce n’est pas justifié. Mais la scènes claque, elle est bourrine, gore et plutôt fun. N’existante que pour cela.


Exit toutes les réflexions théologiques qui faisait la force du premier film, et dont il restait des traces dans le second. Là c’est de l’horreur débridée et de l’action. Au point que la dernière séquence rappelle plus à une version de ‘‘Terminator 2’’ sans profondeur. Alors oui y’a un peu plus de budget (5 million de $), et il y a une volonté de taper dans le visuel épique, mais à trop montrer les Cénobites, ils perdent leurs auras mystiques. Si les maquillages sont énormes et poussés, que les créatures sont cools, les thématiques qu’elles véhiculaient disparaissent.


Même si ‘’Hellraiser III’’ s’avère un divertissement dans la norme, pour un ‘’Hellraiser’’ c’est faiblard. Après, il forme avec les deux premiers une sorte de trilogie plus ou moins cohérente, qui voit la monté en puissance de Pinhead. Et il est souvent fait référence aux adaptations cinématographiques de ‘’Hellraiser’’ comme une trilogie. Puisque par la suite chaque film se livre à un concours de médiocrité, pour savoir qui fera le pire.


Malgré ses défauts criants, ce troisième opus n’est pas vraiment mauvais, et se regarde sans displaisir. Il est possible d’y trouver de quoi étancher sa soif d’horreur, puisqu’il est en cela assez généreux. Mais dans le développement de l’univers il pêche sévère, manquant d’une réelle cohérence, et sans doute produit pour des raisons autres qu’artistiques. Tel que pouvaient l’être les deux premiers. Ce troisième film surf ainsi plus sur le succès de ses prédécesseurs, que sur une volonté d’étoffer une saga qui avait pourtant beaucoup à offrir.



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le 10 févr. 2020

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