Premier film de la saga à sortir directement en vidéo, ‘’Hellraiser : Inferno’’ comme les trois opus qui suivront, est en réalité l’adaptation d’un scénario original qui trainait dans les tiroirs de Miramax, que les deux brutes que sont Bob et Harvey Weinstein ont fait réécrire pour ajouter Pinhead dedans. Et plus généralement les Cénobites, pour faire une suite légèrement forcée.
Réalisé par Scott Derrickson (‘’Sinister’’, ‘’Dr Strange’’), sur un scénario co-écrit par Paul Harris Boardman, avec qui il écrira deux autres films par la suite, ce nouvel épisode d’Hellraiser est un poil au-dessus de ‘’Bloodline’’, qui rappelons-le signait l’arrêt de mort de la saga. Assez conventionnel dans sa construction, le récit est focalisé sur l’enquête d’un flic edgy, qui cherche à coincer un sérial killer semblant lui en vouloir personnellement.
Sur le mode du polar hard-boiled, Scott Derrickson parvient à imposer une ambiance lourde, parfois glauque et plutôt minimaliste, du fait d’une économie de moyen certaine (le film n’a coûté que 2 million de $), tout en proposant une enquête plutôt rondement menée, qui suit la descente aux enfers d’un flic légèrement ripoux. Amateur de coke et de putes, au détriment d’une vie famille plate et peu stimulante.
Interprété par Craig Sheffer, qui a aujourd’hui totalement disparu, mais qui dans les années 1990 était un acteur prometteur (l’histoire nous dira qu’en fait non…), le détective Joe Thorne est un cliché ambulant, dont la réputation le précède. Le genre de type que si on le fréquente on se brule les ailes. Ça c’est tel qu’il est représenté, et en vrai ça marche plutôt bien si tant est qu’on se prête au jeu.
‘’Hellraiser : Inferno’’ revient à un mode plus premier degrés, qui essaye de coller à une forme de réalisme, et ça fonctionne assez bien. Bon, c’est plus proche du téléfilm Hollywood Night, que du ‘’Hellraiser’’ de Clive Barker, mais après la débandade de ‘’Bloodline’’ c’est plutôt plaisant à regarder. Par contre pour ce qui est de l’univers Hellraiser, c’est très secondaire.
Le métrage se contente de reprendre les chaînes de torture, qui sont un peu le passage obligé de chaque opus depuis le premier en 1987. Chaque incursion de Cénobite, Pinhead est beaucoup moins présent, très très en retrait, limite tertiaire à l’intrigue, semblent un peu forcées. Ce qui révèle clairement que dans le script original ils n’étaient pas présents. À chacune de leurs appariations c’est un peu comme si on changeait de film.
‘’Inferno’’ se présente ainsi comme une œuvre hybride, qui n’est ni vraiment un bon polar, car trop classique, sans vraiment être un si bon film d’horreur. Puisqu’il ne fût pas pensé comme tel. Et c’est très visible, en mode ‘’ha oui au fait, on est dans un film Hellraiser, voilà Pinhead ! Merci de rien !’’. Donc tout fonctionne en mi-régime, même si encore une fois, ce n’est pas si désagréable à regarder.
Dans le même genre, mêlant le polar à l’horreur, il est plus indiqué de voir (ou revoir) ‘’Lord of Illusion’’ de Clive Barker (tient donc…), sorti en 1995 il parvenait parfaitement à faire la connexion entre son intrigue empruntant au hard boiled et à l’horreur viscérale. Au final le métrage ressemble plus à un ‘’Hellraiser’’ sans Pinhead, que ‘’Inferno’’, commandité avant tout pour faire du fan service, et renouveler les droits.
Au final, ‘’Inferno’’ c’est un premier film plutôt sympathique à regarder, loin, très loin de l’univers ‘’Hellraiser’’, dont il effleure à peine les points forts, mais qui se tient comme un bon téléfilm auquel il ne faut pas trop en demander. C’est difficile de dire du mal de ce film, puisqu’avec son budget réduit, forcément faut pas s’attendre à grand-chose, et bien que les producteurs ont forcés à mettre des éléments de la saga (PINHEAD) à coup de masse, et bien le film s’en sort pas si mal. À voir comme autre chose qu’un ‘’Hellraiser’’ peut-être… C’est surtout que lorsqu’on voit ce qui est arrivé ensuite, ça fait beaucoup relativiser ce numéro 5.