Hellraiser se vit d’abord comme un sulfureux drame conjugal. Dans ce pavillon de banlieue décrépit, l’écrivain et réalisateur Clive Barker arrache les normes dans lesquelles se fige le couple de Julia comme il le ferait d’un plancher sous lequel palpiterait un monde invisible et transgressif. La dimension fantastique, introduite très tôt dans le récit et sur laquelle se fondera l’identité de la saga, n’occupe finalement qu’un petit temps d’écran. Elle n’en demeure pas moins essentielle à la mystique de la souffrance nimbant son long métrage.
Barker est un homosexuel catholique familier du milieu BDSM, et Hellraiser se présente ainsi comme le produit de cette tension entre sacré et profane. C’est ce qui rend d’ailleurs son film si passionnant à visiter : l’imaginaire dionysiaque de son auteur en habite chaque recoin, s’exprimant jusqu’au remarquable design des Cénobites, ces dévots d’un érotisme extatique et brutal. Une identité visuelle forte qui permet à Clive Barker d’ancrer immédiatement son univers dans l’inconscient collectif.
Élégant par l’exquise musique de Christopher Young, répugnant et fascinant par la nature organique de ses effets spéciaux, Hellraiser est une date dans le cinéma d’horreur, inscrite au fer rouge sur le cuir des cinéphiles.