Pas facile de mettre des mots sur ce film. Je me sens un peu en apesanteur ou en jetlag, comme après avoir fait un beau voyage ou un rêve. L'atterrissage est difficile. Je crains que, quoi qu'il arrive, mes mots ne rendent pas justice à cette expérience. Comment raconter un voyage à quelqu'un qui n'était pas avec vous ? Comment raconter un pays, ses paysages, ses habitants, des ambiances ?

Here, c'est d'abord l'Arménie. Au gré d'un voyage en voiture, on découvre ses paysages immenses, ses montagnes au loin, ses villages, ses habitants, sa langue. On n'est pas dans un voyage touristique ou Rendez-vous en terre Inconnue : la photo est naturelle et ne fait que rendre justice à la beauté saisissante des lieux. Les rencontres avec les Arméniens sont brèves mais authentiques et sans pathos. Mais ce sont les paysages qui ont le premier rôle.

Ce voyage dépaysant au possible se fait en compagnie de deux personnages. Will est américain et est payé pour cartographier le pays. Il ne parle pas arménien. C'est avec lui que commence le voyage. Un jour, il rencontre Garadine, une Arménienne expatriée revenue au pays pour le photographier. Ils décident de continuer le voyage ensemble. Au gré des relevés de Will, ils vont rencontrer des gens, Garadine va revoir sa famille, ils vont apprendre à se connaître et se rapprocher.

Voilà pour l'histoire. Rien d'extraordinaire. Et pourtant, ce voyage a fini par m'envoûter. Je n'ai pas marché tout de suite, il m'a fallu du temps pour accepter cette histoire ténue, l'absence de romanesque et de lyrisme. La beauté sévère des paysages filmée en longs plans panoramiques, la rareté des dialogues, le silence finissent par créer une atmosphère presque onirique. Le film alterne ces moments suspendus avec des retours à la réalité lors de rencontres avec des habitants, les difficultés pour communiquer, les relations naissantes entre Will et Garadine.

Rien de spectaculaire dans la romance naissante. Elle suit un chemin classique (idylle, disputes, réconciliation) et privilégie les rapprochements des corps, les effleurements, les silences et les regards. N'attendez pas de sexe explicite et de grandes discussions. On reste dans le ressenti, la suggestion, la sensualité.

Elle photographie l'Arménie dans son immensité et dans ses détails intimes, avec sensibilité et spontanéité. Elle veut retrouver ses racines, sa famille qu'elle a quittées depuis longtemps. Elle est lumineuse, loquace, joyeuse. Lui est là pour son travail qui est de faire correspondre des photos avec des cartes. Il passe ses soirées seul sur son ordinateur. Il voyage d'un paysage à l'autre, sans y faire attention. Il est calme, introverti et peu bavard. On ne saura presque rien de lui et de son histoire, à part son goût pour la solitude. Tous deux sont très indépendants, célibataires (?) et aiment voyager seuls. Mais leur rencontre va peut-être changer quelque chose en eux et dans leur vie.


Ben Foster et Lubna Azabal forment un couple magnifique, tactile, attendrissant. La caméra filme les deux acteurs à fleur de peau, s'approchant au plus près de leurs visages, de leur peau, de leurs cheveux. Ça donne des scènes troublantes, comme celle où Lubna Azabal tourne lentement autour de Ben Foster en le caressant. Ben Foster a rarement été aussi bien filmé. Braden King a utilisé à merveille sa blondeur, pour un résultat à la fois esthétique et en contraste complet avec les cheveux bruns de Lubna et des habitants. Avec ses yeux clairs et sa barbe et ses cheveux blonds, il est d'abord un physique incongru, une silhouette discrète et silencieuse qui ne fait que passer. Grâce à Garadine qui va faciliter la communication avec les Arméniens, il va être plus sensible au monde qui l'entoure, entrer en interaction avec lui et s'ouvrir un peu.

La fin sans paroles est sublime et conclut avec émotion ce voyage bien plus touchant à long terme que formidablement bouleversant à court terme. Quelque chose a changé chez Will et on ne peut qu'espérer que ces deux êtres se reverront un jour.


Here est un film trèèèèèèès lent, très contemplatif, dans lequel il ne se passe pas grand-chose. Il est très probable que vous trouviez ça prodigieusement ennuyeux et sans intérêt. Possible aussi que vous tombiez sous son charme discret mais puissant.


Mairrresse
9
Écrit par

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Créée

le 26 août 2026

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