Je pense qu'on pourrait analyser en profondeur ce que représentent ces backrooms d'un point de vue psychologique ou psychanalytique. Toutes ces cloisons, ces longs couloirs, ces salles dépouillées ou encombrées, l'agencement impossible des lieux, ces pyramides d'objets en équilibre improbable, ces meubles à moitié enfoncés dans le sol, ces humains aux allures de freaks forment un paysage mental qu'il serait passionnant à décortiquer. Chacun est libre d'interpréter cet univers cauchemardesque sans limite comme il veut. Il semble en tout cas garder les traces déformées des souvenirs et les traumas des personnes de passage. L'endroit prend alors des allures de cimetière ou de décharge où s'entassent des rêves abandonnés, des regrets ou des traumatismes jamais surmontés. Et ceux qui s'y aventurent finissent par tourner en rond, comme on ressasse des pensées négatives.

J'arrête là pour l'analyse, car ce qui m'a donné le plaisir le plus intense, c'est l'aspect visuel unique de cet univers, son gigantisme oppressant, sa beauté hideuse, sa couleur jaune nauséeuse, sa géométrie malade, son immense pouvoir d'immersion. Le formidable dédale souterrain que l'on découvre sous le magasin de meubles fait autant appel à la psychanalyse qu'aux arts de la peinture et de la sculpture.

Assise dans le cinéma, je devais avoir les yeux aussi écarquillés que Clark, le propriétaire du magasin de meubles, quand il arpente les backrooms la première fois. On est vraiment à ses côtés, perdant nos repères et frappés de stupeur. On ressent sa panique progressive devant ce lieu bizarre à la fois démesuré et claustrophobique, uniquement éclairé par la lumière artificielle. On perd rapidement ses repères dans cet espace bizarrement découpé par des tas de cloisons inutiles, passant d'une pièce vide à une autre, d'un couloir à un tunnel étroit. Certaines pièces sont carrément à l'envers et impossibles à atteindre. Les différents visiteurs reconnaissent avec surprise des objets personnels.

La bande-son est envahie par un grésillement permanent, celui des éclairages froids au plafond. A part ce bruit perturbant, c'est le silence qui règne partout. Et quand on perçoit un petit grincement, un frottement, un craquement impossible à localiser, c'est bien plus terrifiant qu'un jump scare. Ah oui, c'est aussi un film qui n'a nul besoin des jump scares, parce qu'il sait faire peur et créer un malaise tenace avec son décor. Son papier peint jaunâtre est mille fois plus flippant qu'une porte qui claque ou un chat qui bondit en hurlant. L'architecture et la déco de Backrooms font autrement peur. Ce n'est pas une peur qui augmente brutalement le rythme cardiaque. C'est une peur qui noue les tripes, nous fait oublier de respirer, nous pousse à ronger nos ongles.

L'architecture est plus variée qu'elle ne le paraît. Je pense en particulier au dernier décor dantesque, avec son fragile escalier au-dessus du vide et ses milliers d'appartements autour d'un puits sans fond. Une vision vertigineuse de l'Enfer.

Ma note très élevée semblera peut-être excessive. Elle n'est pas le résultat d'une analyse poussée de la cinématographie et de la signification du film. Elle reflète avant tout le plaisir d'un émerveillement inattendu, d'une expérience immersive inédite pour moi que je suis ravie d'avoir vécue en salle - même si je sais qu'elle n'aura malheureusement pas le même goût sur un écran plus petit. Un conseil : n'attendez pas le blu-ray.





Mairrresse
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes La crème de l'horreur et de la terreur, Films vus au cinéma, Cauchemars, Les décors, c'est important aussi. et Les meilleurs films des années 2020

Créée

le 22 juin 2026

Critique lue 22 fois

Maîrrresse

Écrit par

Critique lue 22 fois

6

D'autres avis sur Backrooms

Backrooms

Backrooms

5

Sergent_Pepper

3188 critiques

Dead end suite

Quelque chose, peut-être, se joue en ce moment même dans les salles : les succès d’Obsession et de Backrooms voient débouler de jeunes réalisateurs ayant fait leurs armes sur YouTube, et capables,...

le 18 juin 2026

Backrooms

Backrooms

5

Plume231

2400 critiques

Labyrinthe sans fil !

Tout d’abord, une petite précision : je ne connais absolument pas l’œuvre antérieure du youtubeur Kane Parsons (ou Kane Pixels !) — oui, quand on pense à ce film et aussi à l’excellent Obsession de...

le 18 juin 2026

Backrooms

Backrooms

8

Behind_the_Mask

1492 critiques

Espèce d'espace

Il y a effectivement dans Backrooms de quoi en perdre son latin. Parce que le masqué a déjà failli quitter la salle en hurlant à l'escroquerie, devant les premières scènes shootées en found footage...

le 20 juin 2026

Du même critique

Evil Dead Burn

Evil Dead Burn

4

Mairrresse

464 critiques

Répète après moi : "Les hommes sont des créatures ma-lé-fiques."

- 1 pour m'avoir flingué les tympans pendant 1h50 presque sans interruption.- 1 pour avoir martelé mon cerveau avec la toxicité masculine. Est-ce qu'il faudra dorénavant supporter ce genre de...

le 12 juil. 2026

L'Abominable Docteur Phibes

L'Abominable Docteur Phibes

9

Mairrresse

464 critiques

Symphonie macabre en kitsch majeur

Un authentique chef-d'oeuvre kitsch et outrancier qui mélange allègrement horreur macabre, romantisme échevelé, esthétique Art déco et humour noir.Au milieu de cette orgie visuelle et sonore, Vincent...

le 28 mai 2025

Backrooms

Backrooms

9

Mairrresse

464 critiques

Critique de Backrooms par Maîrrresse

Je pense qu'on pourrait analyser en profondeur ce que représentent ces backrooms d'un point de vue psychologique ou psychanalytique. Toutes ces cloisons, ces longs couloirs, ces salles dépouillées ou...

le 22 juin 2026