C'est avec grand plaisir que j'ai revu ce film qui porte la marque du cynisme et même finalement d'un certain humanisme que j'aime.
Dire que j'ai failli me refaire piéger par l'avalanche de bons sentiments, de scènes presque lacrymales (tout est dans le "presque"). La fabrique des héros … Du bon usage des médias. Non, je me suis trompé. De l'omniprésence des médias dans notre société pour nous faire avaler les messages qui vont bien, les messages positifs qui vont bien. Le film date de 1992 mais il aurait pu être tourné en 1930 ou 2024 sans problème.
Les faits indiscutables : quelqu'un a eu le bon geste pour sauver les passagers et l'équipage d'un avion qui s'est "crashé" à terre avant qu'il n'explose. Mais il s'enfuit soudain.
Ce quelqu'un, Stephen Frears se paye le luxe de nous le montrer en détail, c'est un petit escroc sans envergure et entre deux condamnations qui se trouve là par hasard et qui à contre-cœur va aider à ouvrir la porte de l'avion alors qu'il fait un violent orage et qu'il perd une grolle (à cent dollars) dans la boue. Dustin Hoffman dans ses œuvres, sale comme un peigne et ordurier.
La chaine de télé, qui couvre l'évènement parce qu'une de ses journalistes fait partie des victimes, offre un million de dollars pour retrouver le héros. Alors là, c'est la ruée : il y a autant de héros que de dollars dans un million. Il y en a un qui réussit à emporter la mise. En l'absence de Dustin Hoffman qui est malencontreusement en prison, c'est Andy Garcia, SDF dans la vie, lui aussi sale comme un peigne mais pas ordurier. Et une fois, rasé, shampouiné, frisé, parfumé, lustré, habillé, non seulement c'est le héros que tout le monde reconnait mais en plus il est beau comme un dieu et parle d'or. C'est le gendre idéal dont toute mère rêve pour sa fille (surtout avec le million de dollars à la clé).
Même la journaliste (la victime du crash) qui est l'artisan de la création du héros, se laisserait bien tomber sous le charme. Une excellente Geena Davis qui ne perd pas le nord et sait attendrir un jury (superbe scène de larmes factices avec l'oignon de bon aloi).
Tout va bien jusqu'à la rencontre entre Dustin Hoffman et Andy Garcia qui est un moment scénaristique (que je ne raconterai pas) formidable. Je ne m'en souvenais plus vraiment et je me demandais comment l'affaire allait s'arranger. Parce qu'il fallait bien qu'elle s'arrange cette affaire, parce que je me souvenais que tout s'arrangeait.
Ce qui me plait bien dans ce film, c'est le regard protecteur et humaniste (disons-le) que Stephen Frears porte sur nos deux héros et le (léger) mépris qu'il porte à la foule manipulée par les médias, aux médias qui fabriquent avec art les héros, à l'épouse qui n'a d'ordinaire que dégoût pour son ex mais qui semble prête à revoir sa position, ... C'est une autre version de "l'homme de la rue" de Franck Capra …
Presqu'aussi jouissive. Un film capraesque, donc.