Hex
6.4
Hex

Film de Kuei Chih-Hung (1980)

Kuei Chih-Hung est un réalisateur qui, dès le milieu des années 70, s’est spécialisé dans le film horrifique avec des bobines telles que Ghost Eyes (1974), Spirit of the Raped (1976), divers opus de la saga The Criminals, Corpse Mania (1981), Bewitched (1981), Curse of Evil (1982) ou encore The Boxer’s Omen (1983). C’est également lui qui mettra en scène les 2 suites de Hex, le film du jour, à savoir Hex vs Witchcraft (1980) et Hex After Hex (1982). Hex s’inspire aussi bien du film français Les Diaboliques (1955) de Henri-Georges Clouzot, avec son thème de la violence conjugale et du meurtre, que du japonais Kwaidan (1964) de Masaki Kobayashi, mais aussi des films de la Hammer des années 60/70. Un mariage intéressant entre l’Est et l’Ouest en somme qui sera un joli carton au box-office de Hong Kong, d’où les deux suites citées précédemment (dont une la même année), et qui va aider à lancer cette petite vague de films horrifiques à Hong Kong au début des années 80.


Les valeurs de productions sont ici relativement élevées. On sent qu’un minimum de budget a été injecté dans le film et Hex est visuellement très réussi, aussi bien les costumes, les décors, que le travail parfois assez millimétré effectué sur les cadrages, les éclairages, ou encore les jeux des couleurs. Les paysages extérieurs, qui sont en fait des décors studios, possèdent ce charme inimitable des productions Shaw Brothers de cette époque (le marais verdâtre est superbe). Cette grande bâtisse un peu glauque dans laquelle se situe une grande partie de l’action est parfaite pour le ton du film, tantôt lugubre, tantôt fantomatique, avec une sorte de brume presque omniprésente dans sa cour. Oui, l’ambiance est clairement un des points forts du film, mais à aucun moment le film ne fait peur. Est-ce voulu pour ne pas trop « choquer » un public hongkongais qui n’avait à l’époque par réellement l’habitude du cinéma horrifique ? Est-ce l’âge du film (44 ans à l’heure où j’écris ces lignes) et le fait que le public d’aujourd’hui a déjà vu de nombreux films d’horreur bien plus angoissants ? La réponse est peut-être les deux en même temps. Quoi qu’il en soit, Hex préfère jouer sur le gentiment gore, bien que là aussi les effets ont vieilli, ce qui ravira malgré tout les amateurs du genre dans des scènes où le sang couleur gouache scolaire vermillon est de mise. Hex n’atteindra par contre jamais les délires graphiques parfois assez dégueux (bien qu’on ait droit ici à un petit arrachage d’oreilles rigolo) de certains films qui vont suivre.


Le casting est très bon et les acteurs(trices) rendent leurs personnages et leurs évolutions parfaitement crédibles, même s’il est un peu difficile d’éprouver quoi que ce soit pour eux car ils sont en quelques sorte tous méchants, voire ce qu’on appelle plus communément des « gros connards » pour certains d’entre eux. Clairement, aucun personnage ne peut se prévaloir d’une position morale élevée. Wang Yong (Black Lizard) campe parfaitement ce rôle de raclure alcoolique et violent avec sa femme malade, et le duo féminin composé de Tanny Tien Ni (Black Magic) et Chan Sze-Kai (Portrait in Crystal) sait lui aussi faire ressortir toutes les émotions suite aux péripéties par lesquelles passent leurs personnages (mépris, violence, viol, vengeance, …). Le scénario, initialement assez classique, va nous prendre à revers avec des retournements de situation certes un peu tirés par les cheveux mais qui font néanmoins le job et renouvelant l’intrigue immédiatement. Toute la mise en place de la première moitié du film fonctionne parfaitement, le réalisateur prenant le temps de faire les choses correctement, aussi bien le développement de ses personnages que l’installation de l’intrigue et de l’ambiance qui en découle. La seconde moitié est un peu plus discutable, avec l’arrivée d’un humour qui était alors complètement absent de la première partie, avec tout un tas de petits rôles cabotins (dont le loucheur spécialiste du genre Yue Tau-Wan), et qui vient un peu faire vaciller toute l’ambiance oppressante, voire claustrophobique, et la tension qui avaient été mises en place jusque-là. La danse de nu de pas moins de 7 minutes lors du dernier acte a beau nous présenter une actrice certes superbe plastiquement parlant, en plus de faire tomber Hex dans le pur métrage d’exploitation (avis aux amateurs), elle n’en demeure pas moins beaucoup trop longue et vient casser inutilement le rythme d’un final assez fou à base de magie noire /exorcisme, qui vaut son pesant de cacahuètes, permettant à cette seconde moitié parfois laborieuse de se terminer malgré tout de bien belle manière.


Classique du cinéma horrifique de Hong Kong, Hex est un film imparfait mais intéressant, un peu plombé par une deuxième moitié un peu laborieuse malgré un final bien barré. Le film reste malgré tout des plus divertissants et hautement recommandable.


Critique originale avec images et anecdotes : https://www.darksidereviews.com/film-hex-de-kuei-chih-hung-1980/

cherycok
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Créée

le 7 févr. 2025

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