Rarement un film m’aura laissé une impression aussi amère que Hick de Derick Martini (2012). À vouloir raconter la fuite d’une jeune fille vers une liberté illusoire, le film ne fait que nous entraîner, nous spectateurs, dans une errance vide de sens et d’émotion. C’est une œuvre qui, sous couvert de traiter un sujet grave, s’effondre dans une superficialité presque insultante.
Dès les premières scènes, l'inconsistance narrative saute aux yeux. Le voyage initiatique de Luli (Chloë Grace Moretz) aurait pu être poignant ; il n’est qu’un alignement de situations glauques, déconnectées de toute évolution psychologique crédible. La jeune actrice fait ce qu’elle peut pour sauver les meubles, mais comment s'attacher à un personnage condamné à tourner à vide, sans réelle trajectoire ni enjeux palpables ?
La faute revient directement à la mise en scène, apathique et impersonnelle, qui se contente d’illustrer sans jamais incarner. Derick Martini semble avoir filmé Hick comme on coche une liste de clichés : la fuite, la rencontre sordide, la violence larvée… Rien n’est jamais approfondi, tout est survolé avec une légèreté presque cynique qui désamorce tout impact émotionnel. À quoi bon montrer la détresse si l’on n’en dit rien de plus profond que ce qui flotte déjà à la surface ?
Les personnages secondaires, au lieu d’enrichir le parcours de Luli, l’alourdissent d’un malaise artificiel. Eddie Redmayne en paumé inquiétant ne parvient jamais à dépasser la caricature, tandis que Blake Lively joue un rôle si mal écrit qu’il en devient gênant à regarder. Pire encore, chaque nouvelle rencontre de Luli ressemble à une vaine tentative de choquer, sans jamais qu'on en ressente l'urgence ou la nécessité dramatique.
Visuellement, Hick tente parfois de s'accrocher à une certaine esthétique de la désolation américaine, mais même là, l'effort semble mécanique. Quelques beaux plans de paysages déserts ne suffisent pas à donner vie à une œuvre qui, au fond, paraît n’avoir rien à dire d’essentiel sur ce qu’elle filme.
Avec son rythme étouffant de monotonie et ses prétentions avortées, Hick n’est pas seulement un film raté : c’est une expérience pénible, où l'on sent à chaque minute l’immense écart entre l’ambition initiale et le résultat. En sortant du film, je n’ai ressenti ni empathie, ni colère, ni même tristesse : seulement un profond désintérêt, celui qu’on éprouve devant quelque chose d’abandonné en cours de route.
En somme, Hick est un triste naufrage. Un film qui voulait montrer l'errance d'une jeunesse blessée, et qui ne parvient qu'à exposer l’errance de sa propre écriture.