Claire Denis s’était déjà intéressée au genre fantastique avec son étrange Trouble every day, resté dans les mémoires pour une scène éprouvante de grignotage cannibale entre Béatrice Dalle et Nicolas Duvauchelle. Mais jamais encore elle n’avait poussé cet intérêt jusqu’à la science-fiction, jusqu’aux confins de l’espace où, pour rappel, personne ne vous entend crier. Mais le vaisseau en forme de boîte rectangulaire, le trou noir à explorer, les écrans et les boutons qui clignotent sont ici presque des prétextes, un décorum comme un autre. Anti-spectaculaire, plus théorique que pratique, la science-fiction de Denis tient davantage du sensoriel (magnifiques scènes où Juliette Binoche se lâche sur un godemiché ou se pâme d’un souffle d’air), de l’introspection, d’une beauté du carton-pâte, quelque part entre Michel Gondry et Solaris.


High life est un film de chair et de fluides (sang, sperme, sueur, urine, merde, liquides mécaniques…) qui, autant par son histoire que dans ses propositions esthétiques, évoque le meilleur du cinéma de Cronenberg (corps, sexualité, science déréglée, mise en scène épurée…). Ce groupe de criminels envoyés en mission à l’autre bout de la galaxie (trouver des sources d’énergie alternatives aux abords d’un trou noir), et cobayes d’une expérience de reproduction ourdie par une étrange doctoresse, semble résumer à lui seul une humanité réduite à son animalité (le groupe qui fait son jogging à quatre pattes et en grognant), ses pulsions (la sex room, la violence des rapports entre les personnages) et un futur indécis (nébuleux, pour le coup).


Un futur qui dépasserait les limites (le trou noir) et les normes sociales (l’inceste) pour s’ouvrir à de lointaines lumières, sur de nouveaux possibles, fussent-ils impurs. Denis et son scénariste complice Jean-Pol Fargeau font du cosmos un champ mental et organique où l’Homme, dont le passé ne retiendra que ses forfaits (meurtre, viol, infanticide…), se confronte à la solitude et à la faillibilité de sa propre matière, comme archaïque face à l’infiniment grand. Objet étrange, mélancolique et fauché, High life souffre de quelques scènes maladroites (voire involontairement drôles) et d’un rythme décousu évoluant au gré d’une temporalité bouleversée. Et s’il ne passionne pas toujours, et s’il perd parfois de sa trouble poésie, High life sait redonner une singularité salutaire à un genre trop souvent dévoyé.


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mymp
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le 5 nov. 2018

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