Dans ce second opus, Mason Goddard vit dans le luxe avec son équipe et sa compagne, après avoir « réussi » le premier braquage. Mais le kidnapping de sa compagne le force à replonger dans le monde criminel avec un casse de casino ambitieux. Le film mise sur un spectacle visuel et des enjeux émotionnels forts, transformant Mason d’un simple voleur en un anti-héros prêt à tout pour sauver l’être aimé.
Points forts :
- Décors et mise en scène plus spectaculaires, passages d’action intenses.
- Enjeux personnels qui ajoutent une dimension dramatique.
- Rythme soutenu, enchaînement de séquences de suspense et d’action.
Comparaison entre Cash Out et Cash Out 2: High Rollers
Du huis clos au casse « casino » plus ouvert : Dans "Cash out", le cadre principal est le braquage d’une banque qui tourne mal, aboutissant à un huis clos tendu — braquage, prise d’otages, négociation avec les forces de l’ordre.
Dans "High Rollers", le décor s’élargit : Mason, désormais en « semi-retraite », profite de ses gains avec son équipe. Mais l’enlèvement de sa compagne le contraint à planifier un casse d’un casino — plus flamboyant, plus ambitieux, plus spectaculaire.
Ce passage d’un braquage « classique » à un braquage « grand spectacle » marque une volonté de monter l’enjeu, de donner au spectateur quelque chose de plus visuel et potentiellement cinégénique.
Un rythme censé être plus trépidant : Le format « casse + ennemi puissant + FBI + sauvetage » du second opus promet un cocktail d’action, de tension et de suspense bien supérieur au premier film, plus centré sur la psychologie et le huis clos. En théorie, c’est un upgrade d’intentions.
Des enjeux plus personnels et émotionnels : Alors que le premier film jouait sur la survie immédiate et l’adrénaline du braquage raté, "High rollers" met l’enjeu sur la vie d’un proche (la compagne de Mason), ce qui pourrait ajouter une dimension dramatique et donner plus de densité au protagoniste.
En comparaison, le premier film, malgré ses défauts (scénario faible, exécution modeste), offrait un cadre plus limité — ce qui parfois aide à contenir les faiblesses d’écriture — et un suspense plus concentré, ce qui pouvait suffire à divertir ceux qui ne cherchent pas du grand art.
Bilan comparatif
"High rollers" apparaît comme un pari audacieux sur le papier — plus d’ampleur, de rebondissements, d’enjeux. Mais l’exécution manque de souffle : le passage d’un huis clos nerveux à un casse « grand spectacle » n’est pas à la hauteur des attentes. Le film échoue à combiner spectacle et crédibilité. En ce sens, l’effet nostalgie ou d’évasion qu’on pouvait espérer s’évanouit vite, laissant derrière lui un film qui semble surtout destiné au public en quête d’un divertissement rapide, sans ambition véritable — et encore, pas toujours réussi.
Le personnage de Mason Goddard
Dans le premier film, Mason est un voleur professionnel, charismatique, déterminé — mais aussi fatigué. On comprend qu’il a une certaine expérience, des regrets, un désir de « sortir » du milieu après un braquage raté et l’intervention de la police.
Son rapport à l’argent, à la criminalité, à la loyauté — notamment vis-à-vis de son frère — est ambigu : il y a le désir d’un dernier coup, la promesse d’une retraite paisible… mais aussi une certaine fatalité, et un besoin de prouver qu’il a encore ce qu’il faut.
Le personnage de Mason en 2024 offre donc un mélange d’anti‑héros fatigué, tiraillé entre envie d’arrêter et appât du gain — un thème classique des films de braquage, mais correctement posé pour une intrigue centrée sur l’échec et la survie.
Dans "High rollers", Mason semble avoir « réussi » : il vit dans le luxe avec son équipe, profite de son argent avec sa compagne. L’idéal du criminel repenti, qui a su tirer profit de ses crimes, est (en apparence) atteint.
Mais le kidnapping de sa compagne le replonge dans le bain : il accepte de planifier un casse de casino — un retour au crime, motivé non par l’argent, mais par l’amour et le désir de sauver celle qu’il aime. Sur le papier, c’est une bonne évolution dramatique : Mason n’est plus juste un voleur glouton, c’est un homme en crise, prêt à tout pour protéger son couple, à remettre en jeu sa fortune, sa sécurité, sa vie.
Problème : cette évolution reste surtout sur le papier.
Le scénario du film ne lui donne pas suffisamment de matière — les motivations de Mason sont claires, mais le cheminement psychologique n’est pas assez creusé. On ne sent pas vraiment le conflit interne, la culpabilité, le dilemme moral ou la souffrance. Le film préfère l’action rapide au drame — ce qui diminue l’impact de l’arc narratif.
Le manque de profondeur du script, les dialogues trop plats, et l’absence d’un vrai développement psychologique empêchent Mason d’être perçu comme un « vrai » protagoniste en crise. Il devient un anti‑héros générique : déterminé, musclé, prêt à tout, mais sans relief.
Le portrait de Mason dans le second opus manque de nuance. Le personnage offre les codes de l’anti‑héros romantique — loyauté, détermination, sacrifice — mais sans les contradictions intérieures, les doutes, les remises en question qui rendraient le tout crédible et poignant.
En conséquence, Mason apparaît comme un conducteur d’action : les événements le propulsent, il réagit, il agit — mais on n’a jamais vraiment le temps ou les outils pour s’identifier à lui, pour comprendre ses peurs, ses regrets, son attirance pour l’argent ou son désir de s’en sortir pour de bon.
Ce manque de profondeur contribue largement au sentiment général d’un film « superficiel », qui mise sur l’action et l’excitation plutôt que sur la psychologie ou la dramaturgie.
Pourquoi High Rollers déçoit — et ce qu’un bon film de braquage aurait dû faire
- Un manque de crédibilité : les rebondissements sont souvent prévisibles, les décisions des personnages peu cohérentes, les motivations peu creusées. Pour un film censé jouer sur le suspense et le risque, c’est un défaut majeur.
- Une direction artistique et visuelle paresseuse : décor de casino cheap, atmosphère de « B‑movie », costumes et accessoires low‑cost, ce qui nuit à l’immersion dans l’univers du braquage.
- Des arbitrages narratifs illogiques : plutôt que d’exploiter le traumatisme, la pression, les conséquences d’un retour à la vie criminelle, le film privilégie l’action convenue, les clichés du genre, et un rythme souvent creux.
- Un personnage principal sous‑exploité : Mason, malgré le potentiel — histoire, motivations — reste en surface. On aurait espéré un arc plus riche, un questionnement moral, un véritable dilemme intérieur, voire un déclin ou une rédemption — mais rien de tout cela n’est vraiment travaillé.
- Un bon film de braquage, capable d’être à la fois divertissant et mémorable, doit réussir à mêler tension, style, crédibilité, enjeux émotionnels. High Rollers essaie — sans y parvenir. Il reste un produit d’action superficiel, parfois amusant, mais rarement satisfaisant.
Pour conclure — le verdict
"High rollers" incarne ce que beaucoup de suites de B‑movies donnent d’incertain : l’espoir d’un passage à la « grosse production », mais la peur d’un écrin trop mince. Le film a un cadre plus large, des enjeux dramatiques plus forts, la promesse d’un spectacle — mais, au final, il livre un mélange de clichés, de facilités et de manque de soin narratif. Le personnage de Mason Goddard, s’il aurait pu être un anti‑héros intéressant, reste hélas dans le flou, sans profondeur, sans souffrance réelle, sans dilemme marquant.
Pour le spectateur exigeant — celui qui aime les braquages intelligents, stylés, avec des personnages complexes — "High rollers" risque décevoir. Pour celui qui cherche un divertissement léger, sans prise de tête, il pourra faire l’affaire… à condition d’accepter ses défauts comme partie du « package ».
Liste, en lien avec cette critique, ouverte à la lecture et aux retours : https://www.senscritique.com/film/bugonia/critique/333219840