Avec Hommes, femmes : mode d'emploi, Claude Lelouch ajoute une pierre de plus à son étude de mœurs cinématographique, sa comédie « humaine ». C'est également l'occasion de retrouver Bernard Tapie dans son unique rôle au cinéma.


Après le succès critique et public de son adaptation de Les Misérables en 1994, Claude Lelouch renoue ici avec la comédie en réalisant cet Hommes, femmes : mode d'emploi en 1996 qu'il qualifie de « comédie tendre et cruelle sur nos amours, nos espoirs, nos emmerdes. ». S'il ne s'agit certes pas d'une pièce maîtresse de son œuvre, le film trouva tout de même son public à l'époque (près de 1,5 millions de spectateurs en salles) et fit grand bruit grâce à un pari du réalisateur : faire jouer Bernard Tapie dans son film !
Alors en pleine tempête judiciaire suite aux affaires du Crédit Lyonnais ou VA-OM, l'ancien homme d'affaires et ministre se reconvertit en acteur. Avec son statut de personnalité hâbleuse, théâtrale et manipulatrice, il faut dire qu'il cumule les qualités pour jouer la comédie ! Et comme le confessait Lelouch, qui de mieux qu'un arnaqueur pour endosser ce rôle de businessman dragueur et insouciant. Le réalisateur dut toutefois subir une certaine fronde de la presse et d'une partie du public, face à ce choix d'un personnage aussi clivant.
Et pour une première, et dernière bizarrement, il faut bien reconnaître que Tapie assure le show, étant carrément la locomotive d'un film qui outre ce rôle d'homme d'affaires renvoie à une ultérieure de sa vie, son combat contre la maladie. Dans le film, suite à sa guérison d'un cancer de l'estomac après un passage à Lourdes, il décide de se présenter au JT de 20h pour donner du courage aux gens ! Difficile de ne pas faire le lien avec les dernières années de sa vie où il exhortait dans les médias les personnes malades à se battre. Quand la réalité rejoint la fiction...


UN TAPIE QUI A DE L'ESTOMAC


Œuvre lelouchienne par excellence, cet Hommes, femmes : mode d'emploi est évidemment un film choral à la distribution prestigieuse, où différents personnages se croisent au gré des caprices de la vie. On retiendra de bons moments comme cette veuve noire délectable jouée par l'inégalable Anouk Aimée, un futur couple d'adolescents touchants, un Pierre Arditi inspiré en docteur lunaire... Le film s ‘avère aussi très bavard, une autre habitude chez Lelouch, et il faut dire qu'avec un duo principal composé de Luchini et Tapie, ce n'est pas une surprise ! On sourira d'ailleurs en se rendant compte que Luchini peut parfois devenir silencieux, en devenant une sorte de « yesman » de l'homme d'affaires.
On regrettera toutefois une intrigue décousue, une interprétation inégale (avec de nombreux non-professionnels comme William Leymergie, Ophélie Winter, Philippe Gildas ou la présence de Salomé la fille de Claude Lelouch), et quelques longueurs dans cette histoire où couples passés, présents ou en devenir s'imbriquent, auscultés par le regard du cinéaste. Pas toujours inspiré dans les dialogues non plus, Lelouch accumule les citations d'auteur à la pelle dont une, que le personnage joué par Luchini n'apprécie guère, qui colle bien au film : « le pire n'est jamais décevant ».
Car si on a vu Lelouch en bien meilleure forme, il faut lui reconnaître une certaine maîtrise de son sujet avec notamment une ville de Paris superbement filmée dans un brouillard épais, ses médecins apprentis sorciers, ainsi que la présence et la voix de cristal de Patrick Husson. Ce dernier, avec son timbre de soprano, illumine le film ainsi que la B.O. par la même occasion. Enfin, difficile de rester de marbre devant Alessandra Martines... et sa manière de prodiguer une fibroscopie d'enfer qui ne nous poussera guère à aller consulter ! En somme, un Lelouch en mode mineur qui s'il ne nous reste pas sur l'estomac nous laissera quelque peu sur notre faim...


(Retrouvez l'évaluation de la partie technique de l'édition Blu Ray-dvd de métropolitan par ici : http://www.regard-critique.fr/rdvd/critique.php?ID=6710)

SB17
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le 7 févr. 2022

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