Suite à ses blessures et des trous de mémoire issus d'un important traumatisme crânien, Diana est amenée par son mari Homer dans un centre de rééducation perdue au milieu des bois. Là-bas, en plus d'être assaillie de visions qu'elle ne parvient à expliquer, elle remarque le comportement de plus en plus suspect de son époux et des rares occupants des lieux qui ne semblent pas tout lui dire...


Une virée dans un centre de convalescence où les agissements et murmures louches se multiplient pour distiller un sentiment de paranoïa grandissant chez sa patiente principale ? Bien sûr que l'on remplit immédiatement le bulletin d'admission si gentiment proposé à l'accueil par les infirmiers Madeleine Sims-Fewer et Dusty Mancinelli (couple de cinéastes/acteurs) ! D'autant plus que "Honey Bunch" se déroule dans un climat anachronique de film 60-70's du genre, coincé quelque part entre du Robert Wise et des relents de giallo aux plans vaporeux, où les zooms désuets s'allient avec un juke-box quasi-permanent de tubes sirupeux américains d'époque pour créer un cocon d'étrangeté kitsch autour de l'esprit de Diana, aux errances aussi troublées par ses pertes de mémoire que par les évanescentes apparitions qui l'envahissent.

On plonge d'ailleurs sans mal dans cette atmosphère rétro, plutôt bien restituée, maîtrisée et jouant un bon moment sur la nature du mystère de cet institut dont l'environnement, outre la suspicion entourant le mari et le corps médical réduit à un couple d'infirmiers, se renouvelle par différentes dynamiques, avec l'arrivée d'une nouvelle patiente et de son père (interprété par Jason Isaacs), et de visions partagées entre de réels souvenirs et d'autres bien plus perturbatrices.


Lorsque le puzzle se résout vis-à-vis du sort de Diana, "Honey Bunch" s'enrichit d'une mythologie d'inspiration bien plus Mary Shelley-esque, où les fugaces conversations anodines entrevues sur la différence entre la passion commune d'un couple et la dévotion unilatérale de l'un pour l'autre prennent dès lors un tout autre sens capital, mêlant des questions de désespoir infini, d'égoïsme et de moralité abordées à l'aune de toutes les positions contradictions dans lesquelles se trouvent l'ensemble des personnages devant un procédé qui touche au concept même de ce qui définit un individu et ses choix.

Plutôt malin dans son approche, au milieu de décisions bien plus radicales, pour fragiliser les certitudes de son héroïne (et les nôtres) sur l'impensable commis vis-à-vis d'elle durant la séquence assez géniale de la chambre commune, le film nous laissera sur un entre-deux dérangeant et ambivalent, avec lequel il jouera d'ailleurs jusqu'à son terme, y trouvant même la parfaite réponse à son prologue par une inversion de rapport de forces particulièrement bien sentie.


Certes, "Honey Bunch" s'étire sans doute trop sur la durée parfois, notamment durant sa première heure qui peut nous laisser imaginer certains contours de sa principale révélation avant qu'elle ne se concrétise, et certains fusils de Tchekhov sont peut-être brandis un peu trop haut dans la deuxième pour créer de véritables surprises, mais il n'en reste pas moins qu'aussi bien en termes d'intelligence de traitement que d'atmosphère convaincante, il en résulte une proposition insolite, inspirée et qui mérite d'être défendue.

RedArrow
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 25 févr. 2026

Critique lue 808 fois

RedArrow

Écrit par

Critique lue 808 fois

4

D'autres avis sur Honey Bunch

Honey Bunch

Honey Bunch

7

RedArrow

le 25 févr. 2026

Suivre

Toujours à mes côtés

Suite à ses blessures et des trous de mémoire issus d'un important traumatisme crânien, Diana est amenée par son mari Homer dans un centre de rééducation perdue au milieu des bois. Là-bas, en plus...

Honey Bunch

Honey Bunch

8

Fatpooper

le 15 août 2026

Suivre

Tout l'amour que j'ai pour toi

L'affiche m'a attiré. Je ne savais rien du film.Belle pioche ! Le récit est assez prenant. Avec ce qu'il faut de mystère et des résolutions satisfaisantes. Les personnages sont bien écrits, bien...

Honey Bunch

Honey Bunch

7

Jean-FrancoisS

le 4 oct. 2025

Suivre

Du retard à l'allumage

Un petit film de genre indépendant qui a un axe de réflexion intéressant sur le clonage humain. Malheureusement il souffre d'un scénario très mal équilibré, avec une première partie bien trop longue...

Du même critique

Nightmare Alley

Nightmare Alley

9

RedArrow

le 19 janv. 2022

Suivre

"Je suis né pour ça."

Les premières minutes que l'on passe à parcourir cette "Nightmare Alley" ont beau nous montrer explicitement la fuite d'un homme devant un passé qu'il a cherché à réduire en cendres, le personnage de...

Umbrella Academy

Umbrella Academy

5

RedArrow

le 18 févr. 2019

Suivre

L'Académie des 7 (saisons 1 & 2)

SAISON 1 (5/10) Au bout de seulement deux épisodes, on y croyait, tous les feux étaient au vert pour qu'on tienne le "The Haunting of Hill House" de personnes dotés de super-pouvoirs avec "The...

Bird Box

Bird Box

6

RedArrow

le 21 déc. 2018

Suivre

Sans un regard

L'apocalypse, des créatures mystérieuses, une privation sensorielle, une héroïne enceinte prête à tout pour s'en sortir... Le rapprochement entre cette adaptation du roman de Josh Malerman et "Sans...