Irlande,fin du 19ème siècle.Les paysans vivent dans la misère et sont honteusement exploités par les gros propriétaires terriens.La famille Donnelly,déjà très endettée,périclite totalement quand le père est tué lors d'une émeute contre leur proprio et que leur maison est brûlée par l'intendant dudit exploiteur.Franchement énervé,le plus jeune fils de la famille,Joseph,part chez les Christie afin d'éliminer le patriarche cause de tous ses malheurs.Mais rien ne se passe comme prévu et il est contraint de prendre la fuite en compagnie de Shannon,la fille Christie,qui rêve d'émancipation et d'une bonne terre dans l'Oklahoma,où parait-il le foncier est offert gracieusement.Les deux jeunes gens débarquent à Boston où ils résident en attendant d'avoir amassé suffisamment d'argent pour partir vers l'Ouest.Ron Howard s'est pas mal raté avec ce film qu'il a réalisé,coécrit avec Bob Dolman et coproduit avec Brian Grazer.On voit bien ce qu'il a voulu faire,une grande fresque ambitieuse sur l'immigration irlandaise en Amérique au 19ème siècle,mais on voit surtout ce qu'il a fait,une oeuvre empotée qui ne trouve jamais le ton juste.Sur une musique pompeuse d'un John Williams pour une fois pas inspiré,il nous livre un récit en trois parties qui nage dans la prévisibilité et hésite constamment entre épopée aventureuse,drame hyper sombre,histoire d'amour contrariée et clowneries stupides.Ainsi le début en Irlande dépeint-il une atroce série de malheurs qui ne paraissent pas affliger plus que ça notre héros,qui affiche constamment un sourire niais et accumule des maladresses débiles dont on suppose que les auteurs les croient drôles.La partie bostonienne,la plus longue,décrit la dure existence des immigrés sur ce nouveau continent pas si paradisiaque que prévu.Joseph et Shannon se font passer pour frère et soeur,crèchent dans un lupanar et découpent du poulet à la chaîne sous l'autorité du caïd du quartier.Là encore ça oscille entre drame social bien noir et guignolade décontractée,un mélange redoutable.La tension sexuelle monte entre nos deux héros,mais comme aucun ne veut l'avouer leur relation traîne en longueur jusqu'à une ridicule séquence mélo qui les voit se faire virer et errer dans une ville enneigée.N'ayant plus rien,Joseph se résoudra à refiler sa dulcinée à ses parents,opportunément réfugiés à Boston après une révolution de gueux en Irlande.Quant à la partie Far West que le titre nous vendait,elle sera brève et expédiée,nos tourtereaux se retrouvant miraculeusement à la conquête de la terre,heureuse coïncidence dans un si petit pays.Visuellement,ça tient le choc,il y a plein de costumes d'époque,de chevaux,de chariots,de décors vintage,on a même un grand navire et un train,mais le décorum ne pallie pas les carences d'un script erratique absolument pas équilibré ni maîtrisé.On en vient à se demander si le but n'était pas simplement de se reposer sur le couple glamour formé de Tom Cruise et Nicole Kidman,superstars qui étaient mariées depuis peu.Quoi qu'il en soit Tom se troue résolument avec son personnage mal défini,tantôt neuneu tantôt malin,alors que Nicole sauve sa peau en restant à peu près juste malgré son rôle d'héritière féministe excitée plus conne que la moyenne.Thomas Gibson,l'agent Hotchner dans "Esprits criminels",est très bon en intendant coincé et amoureux transi de la fille du patron,ce dernier étant incarné par le gros Robert Prosky qui ne parvient guère à contenir la loufoquerie d'un Christie décrit au départ comme un salaud et qui s'avèrera bizarrement plutôt sympa à l'usage,encore un des égarements du scénario.Colm Meaney est comme toujours impeccable en parrain de la pègre irlandaise faussement jovial et amène mais réellement cupide et impitoyable.Notes et critiques de films de Ron Howard publiées précédemment:voir critique "Willow".Nouvelle moyenne:5,8.