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Le lien social
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le 28 oct. 2019
Malgré le succès du Sens de la fête, Eric Toledano et Olivier Nakache n’ont pas vraiment envie de voir la vie en rose et le montre encore une fois à travers Hors Normes, drame humain et énervé qui met les mains dans un système froid et calculateur.
A l’instar de Ken Loach, le duo Toledano/Nakache est parvenu à créer son petit chemin dans le domaine du drame social, à travers des œuvres lyriques et comiques. Toutefois, alors que leur alter-ego anglais semble tourner la page de la comédie pour se tourner pleinement vers des œuvres désespérées face au tournant que prend la société actuelle, les deux cinéastes restent sur leurs acquis, comme en témoigne Hors Normes, leur nouveau long-métrage.
Ouverture sur une séquence haletante en caméra épaule dans les rues de Paris, puis irruption de quelques passages à mesure que les protagonistes se dévoilent sous nos yeux : pas de doute, nous sommes bien dans une production de Eric Toledano et Olivier Nakache. De l’introduction des autistes et de leurs éducateurs, Hors Normes se dévoile comme une production classique du duo, plaçant toujours l’humain comme maître-mot de ses récits et les institutions de l’État comme la menace qui pointe à l’horizon. Une introduction éminemment classique, et qui résume à peu près l’intégralité de l’œuvre.
En effet, Hors Normes ne marquera pas une rupture dans la carrière des deux réalisateurs, tant celui-ci se place dans la formule efficace que le duo a bâti depuis Nos Jours Heureux. Et c’est finalement là où réside le principal problème du film : à trop s’appuyer sur leurs acquis, Toledano et Nakache peinent à prendre du recul et s’enlisent dans quelques maladresses d’écriture, pourtant absentes auparavant.
Un duo principal qui cherche à résister face aux plaintes des services publics, un jeune de banlieue qui trouve sa voie au côté de son jeune patient handicapé, un sidekick et une romance en toile de fond, … Tout semble avoir déjà été exploré auparavant, mais en mieux.
Ici, le casting, la mise en scène et le rythme ont beau être toujours aussi difficile à prendre en défaut, ils ne parviennent pas à dissimuler la superficialité de personnages qui se limitent à des archétypes attachants mais trop inconsistants pour véritablement marquer les esprits. Un phénomène qui s’explique aisément par le trop-plein d’intrigues que génèrent l’intrigue. De ce fait, quand certaines sont réduites à de simples scénettes (la relation entre Dylan et Ludivine, la soignante), d’autres sont même complètement omises, à l’image des rencontres amoureuses de Bruno.
Mais, au fond, le véritable boulet que se traîne Hors Normes vient de son discours social, qui dénonce un système abandonnant les cas complexes de handicap. L’intention est évidemment louable et parvient souvent à toucher, mais se révèle surtout être un frein aux ambitions narratives. De ce fait, afin d’alimenter leur propos, Toledano et Nakache déploient notamment plusieurs séquences d’entretiens, où les services publics cherchent à en apprendre plus sur l’association tenue par Vincent Cassel et Reda Kateb. Malheureusement, ces dernières se détachent partiellement de l’intrigue et en viennent à dénoter avec le reste du long-métrage. Pire, elles réduisent souvent le propos à une énumération de faits qui, cinématographiquement parlant, n’a que peu d’intérêt. Au travers de celles-ci ressort toute l’humanité des deux cinéastes qui, à force de vouloir livrer leur pamphlet socio-politique, en oublient parfois de faire un film.
Heureusement, en dépits de ses tares, Hors Normes tire quand même son épingle du jeu et est porté par le talent des deux cinéastes à la barre du projet. Ainsi, lorsque ces derniers usent adroitement du langage cinématographique pour laisser à nouveau vivre leurs personnages, ils parviennent aisément à retrouver la force évocatrice et émotionnelle de Intouchables. Dans ces quelques moments de vraie poésie, Eric Toledano et Olivier Nakache réussissent enfin à délivrer justement leur message et à faire vibrer le spectateur, dans une avalanche d’émotions qui emporte tout sur son passage.
Créée
le 12 oct. 2019
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