Malgré son apparente charge abstractive Hôtel Monterey n'a rien d'un film-concept : Chantal Akerman lorgne davantage du côté d'un art purement figuratif, essentiellement composé de longs plans revisitant l'espace d'un hôtel pour mieux susciter l'ouverture. Eclairé par la talentueuse Babette Mangolte ce film étonnant baigne dans une lumière granuleuse, proche d'une mouvance picturale pratiquement hypnotique. Akerman dirige sa chef opératrice en privilégiant la travail sur les lignes de force, la symétrie et l'asymétrie : la caméra explore bon nombre de recoins de l'édifice, auscultant les intérieurs avec une imperturbable science du cadre.
Il s'agit là d'un film échappant totalement au temps qui passe, d'une oeuvre aérée dans sa portée réflexive doublée d'une incroyable proposition de cinéma. Incarné et bien plus riche qu'il n'en a l'air à priori Hôtel Monterey est un moyen métrage qui donne énormément à voir : libre au spectateur d'assimiler, de digérer cette succession d'images ou de vagabonder au gré d'un ennui probable. Intégralement muet, dépourvu d'acteurs et de récit ce film expérimental permet à Chantal Akerman d'apposer un regard inédit sur la manière d'appréhender un tournage... Ainsi Hôtel Monterey, film sur la présence et le déjà-là, existe principalement en aval de sa pré-production : Chantal Akerman n'a jamais recours au filmage fonctionnel, recherchant en permanence l'approche de son Sujet. Empirique, Hôtel Monterey s'apparente d'une certaine façon à un large making of sans discours ni démonstration d'aucune sorte. Un film aussi libre que littéralement fascinant.