De ce que j’ai pu voir ici et là, Hounddog est un film assez mal-aimé des critiques. Et, honnêtement, je pense qu’une bonne partie de cette mauvaise réputation vient d’une polémique complètement à côté de la plaque au moment de sa sortie. Tout le monde s’est arrêté sur UNE scène, au point d’en oublier presque complètement le film qui l’entoure.
Ce que j’entends surtout, quand certain disent que le film serait "vide", ce sont finalement deux reproches assez contradictoires concernant cette fameuse scène :
soit qu’elle ne devrait tout simplement pas exister,
soit qu’elle devrait être plus explicite.
Et, franchement, je trouve ces deux positions aussi écœurantes l’une que l’autre.
La première revient à vouloir camoufler une réalité parce qu’elle est trop dérangeante à regarder en face, et, par la même occasion, à enlever une grande partie de ce que le film cherche à raconter.
La seconde voudrait qu’on nous mette cette réalité bien sous le nez, avec toujours plus de détails, au risque de transformer quelque chose de profondément tragique en spectacle malsain.
Entre le déni et le voyeurisme, il existe pourtant une troisième possibilité : montrer sans surexploiter.
Et c’est justement ce que Hounddog me semble essayer de faire.
Sur la forme, j’ai trouvé la narration plutôt maîtrisée. Le film n'use pas de gros sabots. Les choses sont montrées ou dites, mais sans être systématiquement soulignées au marqueur fluo. Il y a une vraie confiance accordée au spectateur.
Puis l’esthétique fonctionne également très bien. je trouve le film magnifique, sauf que personnellement, j’aurais simplement viré cette colorimétrie orange poussée à fond, totalement cliché.
Il y a quelque chose de "Tideland" dans "Hounddog". Même point de départ en quelque sorte, une petite fille livrée à elle-même dans un monde d’adultes (et parfois d’enfants) profondément défaillants, elle doit alors se construire elle même son propre univers pour survivre à ce qui l’entoure.
Mais là où Gilliam pousse cette logique jusqu’au bout de ce qui est possible avant de rentré dans du fantastique, Deborah Kampmeier reste beaucoup plus ancrée dans le réel.
Au fond, je trouve donc assez dommage que le film soit encore si souvent résumé à:
le film où Dakota Fanning se fait violer
Hounddog parle de cette scène, évidemment. Mais il parle surtout de ce qu’il y a avant, après, et autour : de l’enfance, de la solitude, du traumatisme, de la résilience, de la musique, et de cette manière qu’ont a de chercher la beauté dans un monde qui n'en offre pas beaucoup.
Bref : un film qui mériterait d’être découvert pour ce qu’il est réellement et non pour une scene.