Ce film d'horreur japonais de 1977 est culte, passant à bon droit pour un petit OVNI. Il est inventif, il y a pas mal d'idées originales dans la réalisation. Ceux qui n'y voient qu'une bouffonnerie grotesque et trouvent tout absurde se trompent. Les idées ont du sens, il y a un vrai projet esthétique derrière ce film et les jeux de la réalisation ont du sens. En revanche, ceux qui s'extasient devant le film, il me semble qu'ils ferment un peu vite les yeux sur de nombreux problèmes criants, et ils minimisent aussi les références de ce long-métrage qu'il faut aller chercher parfois aussi dans d'autres genres télévisuels.
Le fait le plus marquant, c'est que pour les trucages, le film a extrêmement mal vieilli. Les effets lumineux sont datés et perdent le film à un regard contemporain. On a même envie de dire qu'ils font bon marché.
Le deuxième fait marquant, c'est qu'on peut relativiser son caractère d'OVNI. Le film fait clairement référence à la culture anglaise par ses chansons et par de nombreux effets visuels. On songe inévitablement aux clips vidéos psychédéliques des Beatles et aussi aux sketchs télévisés des Monty Python, avec des effets d'ailleurs quelque peu présents dans leurs films. Les jambes et bras coupés à la Jérôme Bosch, on voit d'où ça vient. Il y a aussi des techniques de décors peints qui rappellent le cinéma en noir et blanc, sauf qu'ici cela est assumé dans des films en couleurs avec en prime une mise en abîme assez kitsch. On a en particulier un ciel bleu à gros nuage qui revient souvent. Le réalisateur tourne même cela en dérision. A un moment donné, on voit des gens qui se disent "bonjour" aux balcons avec ascension d'étage à étage et on a un pivotement maladroit exprès du décor peint ciel bleu et nuage. A un autre moment, le décor de ciel est fond à l'arrivée dans une gare, mais le mouvement de caméra nous révèle que c'est donc bien un mur en plongeant sur le couloir adjacent. Une autre fois, la toile du ciel bleu à nuage est en petit dans une image d'un paysage plus vaste, devant l'arrêt de bus, et, image suivante, on a une image recadrée sur les gens descendant du bus et du coup on pourrait croire que c'est le vrai ciel, sauf que l'accessoire a été trahi par le plan large qui a précédé.
Tout le début du film est bon enfant et porté aux gags bon public. Le surnaturel et l'horreur arrivent quelque peu assez tard. Il faut un certain temps avant qu'on arrive à la maison hantée. Or, même dans la maison hantée, l'humeur bon enfant va perdurer encore un certain temps, malgré les horreurs vécues. Et c'est là que le bât blesse à nouveau. Le film porte très mal cet humour burlesque mêlé au théâtre des horreurs. L'alchimie ne fonctionne pas du tout. On regarde essentiellement le film comme un gros délire, pas du tout comme une oeuvre marquante de cinéma, et j'ai même envie de dire que le film est plus subtil dans ses idées avant l'arrivée même dans la maison hantée.
Pour moi, c'est vraiment le début du film qui a emporté mon adhésion, alors que le grand-guignol de la maison hantée m'a plutôt fait décrocher. Avant d'en parler, rappelons l'intrigue. Pour ceux qui n'ont pas vu le film, je précise que je résume tout maintenant. Le début, on peut le lire, je mettrai derrière un cache spoiler la fin de mon résumé, résumé entremêlé de remarques techniques sur la réalisation.
Nous avons sept filles japonaises qui vont faire un séjour chez une tante retirée de l'une d'entre elles. Il s'agit de lycéennes japonaises habillées à la sailormoon, motif qu'on rencontre aussi dans des séries télévisées d'époque au Japon. Elles sont aussi caricaturales que dans un manga, et comme les sept nains elles sont toutes sept désignées par une caractéristique : Gorgeous, Mac, Sweet, Fantasy, Prof, Kung Fu et Melody. Gorgeous qui de son vrai nom s'appelle Ryoko est la nièce de la personne qui les reçoit. Elle se réjouit parce que le prof qu'elle aime, Togo, viendra les rejoindre au cours du séjour, mais elle apprend que son père va venir en lui imposant la venue de la belle-mère. En effet, Ryoko a perdu sa mère et ne supporte pas la remplaçante.
Les scènes sont très belles à ce moment-là du film. Nous avons des ciels peints colorés pour faire le couchant en fond. Nous avons une abondance significative de cadres de tableaux, fenêtres, portes, avec bien sûr la cloison quadrillée dans la maison, et on peut prolonger cela avec une boîte postale en gros qui exprime aussi l'ouverture sur l'ailleurs. Cette idée de cadre ou fenêtre est maximale. Nous avons aussi des liaisons à la Charlie Chaplin, mais en perspective cavalière et non en mouvement horizontal de la caméra. La fille ouvre une porte, plan suivant elle entre par la porte dans une autre pièce, etc. Il y a donc un renforcement à l'ancienne des liens entre les lieux séquencés dans le film. Mais l'intérêt, c'est les incrustations originales qui créent un petit truc symbolique dans le film. Parfois, cela fait gadget, mais gadget réussi : par exemple, quand on a une image des sept filles et du prof masculin, puis une image noire avec juste un médaillon sur Gorgeous qui exprime sa désapprobation en son for intérieur. Parfois, l'idée est assez subtile. Juste après avoir rejeté la proposition que la belle-mère vienne avec son père, la fille dans sa chambre rêvasse, elle retrouve le sourire, on a un gros sur ses épaules et son visage, elle tourne plusieurs fois sur elle-même, le plan s'élargit et elle a changé significativement d'habits et la pièce a changé aussi, et elle vit portée par ses rêves et ses espoirs. On a donc une superbe expression par un mouvement du corps d'un personnage qui se ressaisit et se libère de sa frustration. On sent en même temps la légèreté du rêve par la soudaineté de la transformation, et ce fut superbement resserré par un gros plan sur le visage pour dresser la fille en patronne de son rêve, même si elle plane sans doute un peu. On sent bien l'évasion.
Donc, les sept filles sont réunies et partent en train et bus pour leur destination. Le prof masculin les rejoindra plus tard. Or, et il faut bien sûr penser qu'en 1977 le film Dodes Kaden de Kurosawa était encore récent nous avons un passage en train où le fond du paysage est dessiné et le train devient lui-même un dessin animé. On a une superbe poésie. Les filles sont entrées dans un train qu'elles participent à bonder, et nous avons un plan avec quatre filles en discussion, selon le principe connu de quatre chaises tournées pour être ensemble, et on voit les filles échanger, parler, et il est assez naturel que le fond devienne un dessin animé, que dans la fenêtre défile un monde imaginaire et pas le paysage réel. C'est très bien fait, sachant qu'à ce moment-là j'ai déjà encaissé des idées pas aussi bien mises en scène. J'ai bien aimé aussi que ça se prolonge harmonieusement avec les images en noir et blanc de la Seconde Guerre Mondiale racontant la vie des parents et de la tante, mais dans un cadre dessiné qui permet de poétiser même cette période trouble et triste de la Deuxième Guerre Mondiale, car si quelque chose de triste est raconté, un amour malheureux, pour les filles c'est vécu comme une histoire à raconter aux copines. Tout ça est réussi.
Les filles sont déposées au milieu de nulle part, elles traversent une passerelle au-dessus du vide, mais avec une certaine insouciance. Cela pourrait être bon si ce n'était pas aussi kitsch avec une musique et des effets de mauvais goût.
Elles arrivent devant l'entrée de la maison de la tante. C'est un décor peint avec quelques accessoires. On dirait un film d'horreur allemand des années 1920. Ce n'est pas tout à fait génial, mais cela a une touche d'allusion à l'histoire du cinéma.
Les filles entrent dans la demeure et vous ne suivrez plus désormais ce qui leur arrive qu'en tremblant !
Pas tout à fait ! Je plaisante. En fait, l'histoire ne va tourner que progressivement à l'horrible. La progression est réelle et on peut dire qu'en principe elle est bien faite en soi, mais il faut avouer que les bonnes idées, il y en a encore, seront moins marquantes que celles que j'ai déjà citées pour le début du film, et surtout le basculement dans l'horreur ne se fera jamais, malgré la progression, parce que l'horreur est tellement traitée par-dessus la jambe qu'on ne rentre dans aucune atmosphère du film. Et c'est un défaut : on n'entre ni dans le comique qu'on pourrait apprécier, ni dans l'ambiance d'épouvante. On a une performance grotesque, mais malheureusement dans le mauvais sens du terme.
Il y aura de temps en temps une belle scène, mais on regrettera à chaque fois que cela n'ait pas été mieux exploité dans un film qui aurait eu une vraie atmosphère bien campée. On regrettera à chaque fois que les bonnes idées n'aient pas été travaillées des heures durant pour donner le meilleur effet dans une mise en scène. Les bonnes idées étaient à l'évidence sur le papier, mais la réalisation est bâclé, ce n'est pas vrai que le côté expérimental permet tout justifier. Le film est très mal dirigé et les idées de réalisation sont beaucoup trop traitées à l'emporte-pièce.
J'ai dit l'essentiel, je résume le reste en pointant quelques passages à commenter dans une zone spoiler. Pour moi, ce film est un échec cuisant. Je ne peux pas valider l'expérience.
[Ici un spoiler dès que j'ai fini de manger, je le rédige]