Hunger
7.4
Hunger

Film de Steve McQueen (2008)

"La prison n'est qu'un espace muré qui cache les échecs de la société"*.

Dans ce premier long métrage de Steve McQueen, sorti en 2008, l'échec de la société est celui de la coexistence de deux peuples, deux religions en Irlande. La fin des années 70 est le point d'orgue de ce combat et Bobby Sands, dont la grève de la fin inspire le scénario, l'un des symboles irlandais.


Mais le réalisateur ne tombe pas dans le parti pris du dominé-dominant habituel des thématiques de prison ou de lutte. Si la désacralisation de l'humain, de sa condition est bien le thème principal, une ambivalence forte est présente tout au long du film de par le fait qu'elle résulte principalement du choix des prisonniers eux-mêmes.


Steve McQueen va montrer tout ce que ce combat peut avoir de dégradant. L'hygiène, refusée par les prisonniers et forcée par les geôliers, les méthodes pour se passer des objets ou messages, les tentatives pour casser physiquement et mentalement ceux qui luttent et protestent, et pour finir, la dégradation méthodique du corps durant la grève de la faim, et ce jusqu'au décès.


Ce choix esthétique et scénaristique, proche du voyeurisme à certains moments, amène de la gêne, voir de la honte. Ceci est appuyé, pour moi, par une structure du film, en 3 parties.
Les 30 premières minutes sont marquées par l'absence de dialogues réels, que ce soit des prisonniers ou des surveillants. Le lavage des excréments sur les murs des cellules marque la fin de la "dirty protest" et une transition vers un dialogue entre Bobby Sands et un prêtre durant 25 minutes, pour la plupart en plan fixe. Après ce passage expiatoire à certains égards, Hunger, prend son vrai sens et le silence s'installe de nouveau jusqu'à la fin. Seul bémol à cette scénographie, l'aspect onirique, avec lequel j'ai toujours du mal, qui n'apporte rien, ici, selon moi.


Mais comme déjà évoqué, ce n'est pas un manifeste pro IRA, ce lamentant du sort des prisonniers face aux éventuels tortionnaires anglais ou protestants. Le choix de ces hommes face à leurs conditions est réellement mis en avant tout en le nuançant de déclarations acerbes de Margaret Thatcher, sans aucune compassion pour ce qui pouvait être considéré comme du terrorisme. Ensuite, l'accent est mis sur le fait que l'autre camp n'est pas uniforme. Si le médecin reste silencieux, il soigne les escarres de son patient avec attention. Son remplaçant, par contre, le laissera tomber de toute sa hauteur sans faire un geste. De même, si les policiers anti-émeute ou les gardiens mettent du cœur à l'ouvrage, ce n'est, pour certains, qu'un masque face à leur malaise, leur réserve morale, leur peur des représailles.


Un film noir et puissant porté par l'interprétation magistrale de Michael Fassbender, tant par son jeu que dans sa chair.


*Anthony Dacheville.

malkolinge
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le 18 mars 2016

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Malko Linge

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