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Very glad trip.
“Don’t believe the truth !” assène l’un des comparses lors de l’enterrement qui ouvre le film, programme intriguant si l’on se réfère au cinéma vérité et puissamment authentique de Cassavetes...
le 18 mai 2015
De tous les Cassevetes que j'ai vus (5 ou 6 quand même), celui-ci est peut-être le pire.
"Les déambulations et les copinages-bavardages de trois hommes copains comme cochons, grands gamins bien mieux loins de leurs femmes et à se marrer entre eux, et si possible sur le dos des autres ; on se blague, on se moque, on se charrie, la vraie vie, quoi."
De l'impro forcée, dont le gimmick type sera de rire aux éclats (?), ou alors de se mettre d'un coup dans une colère noire... et le spectateur se demande bien la raison.
Les scènes tirent en longueur ; la dramaturgie m'endort ; les personnages sont peu attachants, l'image peu attrayante, le montage peu convaincant (il rattrape de manière laborieuse un tournage qui semble ne l'être pas moins).
Les personnages s'excitent pour un rien, sans doute dans l'optique de faire vrai. La cohérence psychologique sacrifiée sur l'autel d'une théâtralité démonstrative ; chaque acteur fait son numéro, par souci de réalisme pourtant. Le résultat est que je ne vois que du faux, que des acteurs... que non seulement je vois l'escroquerie (du faux mais non assumé comme tel), mais que ça m'irrite : j'ai l'impression qu'on me la fait à l'envers.
En matière de "naturalisme", aller voir Kechiche, ou Pialat, déjà ? On joue chez eux de manière beaucoup plus subtile de la dialectique vrai/faux.
Ou dans les mêmes années américaines, tout ce qu'ont produit Newman et Woodward : "Rachel Rachel", et encore plus, "De l'influence des rayons gamma..." Ou "Wenda", de Barbala Loden. Pour voir de belles scènes improvisées de communion entre copains, "Deer Hunter" restera indépassable à mon avis.
Reconnaître à Cassavetes : il a révélé Ben Gazarra, qui sera excellent dans "Saint Jack" de Bogdanovic (bien meilleur, toujours à mon avis, que le "Meurtre d'un Bookmaker chinois" sorti 3 ans plus tôt, dont l'intrigue a des points communs).
En tout cas son personnage ici est absolument odieux ; il n'y a qu'à voir comment il bat sa femme... (Non mais appelez les flics, non ??). Comment se situe le réalisateur ? Je poursuis ma lecture à reculons. Ses deux amis l'assistent et le soutiennent... Ma foi. Je poursuis, par rigueur cinéphile, et pour en avoir le coeur net.
Un peu avant, ces trois hommes harcelaient de manière cruelle une chanteuse un peu naïve ; il semble que l'actrice - qui se fond avec son personnage - n'était pas au courant, et qu'elle souffrait réellement pendant la scène... une scène à laquelle participe Cassavetes lui-même, mort de rire dans le cadre. Sans doute fallait-il cela, un peu de bonne manipulation, pour produire un nouvel effet de vérité ?
Si cet objectif de faire vrai, dont on peut déjà se demander s'il a un intérêt cinématographique en soi - outre qu'il est par essence chimérique -, bref, si cet objectif est bien celui que poursuit Cassavetes, il devient infect s'il se fait sur le dos des acteurs ou des actrices, sans leur consentement éclairé. Comme un piège, pris à revers. Une manière de capter en fraude, de "voler un naturel", là où l'acteur nous fait gentiment le cadeau de sa participation, qu'il nous accorde sa confiance, et offre ce qu'il a de plus précieux : son image, son bagage émotionnel, tout ce qui le constitue en tant que personne et en tant que comédien... tout cela se reçoit comme une offrande, pour un ou une réa, et en aucun cas ne se "vole". De la part de la mise en scène, cela appelle de la gratitude, de la dignité... un tact infini.
Il semblerait que sur le plateau de Cassavetes, il y avait d'une part les acteurs que l'on respecte (les "potes"), et les autres, qui peuvent bien nous faire rire par leur naïveté. Et que l'on peut bien faire souffrir un peu si ça remplit les objectifs du cinéma que l'on vise.
En termes de déontologie de la mise en scène, le film peut faire office de bon anti-manuel ; et ce n'est pas inutile, il est bon qu'il en existe quelque-uns (à titre de professeurs par l'exemple négatif : ce sont parfois les meilleurs). Mais dommage que certains acteurs - ou encore plus actrices - aient eu à en pâtir.
PS
Anja Breien a eu bien raison de faire un remake au féminin, "Wives" en 1975. Son film est infiniment plus sympathique, plus frais, plus "ouvert et communicatif", je dirais. Et si certains hommes y passent pour des lourdaux, certains des connards, ce sera à titre de stigmatisation, non pas d'appel à l'empathie, ou à l'excuse, par fraternité masculine.
Créée
le 23 juil. 2026
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