On a frôlé le chef d’oeuvre…
Martin Parr n’est plus tout jeune, et pourtant il continue à arpenter l’asphalte armé de son reflex et, désormais… de son déambulateur.
Le réalisateur Lee Shulman le ramène dans les endroits qu’il a déjà photographiés. Et cette idée, qui n’a rien de très originial, est géniale dans ce cas précis, vraiment.
Parce que Lee Shulman utilise sa caméra en pastichant le style de Martin Parr, et le fait plutôt bien. Ambiances, couleurs, cadrages, il en sort des images qui vraiment auraient pu faire partie de son travail, sauf qu’elles sont en mouvement.
Et sauf que Martin, au lieu d’être derrière l’objectif, est devant. Ça donne des situations totalement vertigineuses sur le plan réflexif : Martin prend une photo pendant que son déambulateur se fait la malle, il pose sur des photos qu’il aurait pu faire lui-même, il discute avec ces gens qui, dans son travail, sont des sujets. Bref, grâce à cette mise en scène pastiche, Martin Parr devient lui-même un sujet de Martin Parr. Alors naissent des réflexions sur le travail de l’artiste, sur la relation qu’il a à son sujet, et le regard qu’il a pu porter sur ces touristes et autres anglais moyens prend une autre dimension.
On a peut-être ici un des films qui réfléchit le plus intelligemment (parce qu’avec humour) sur le travail d’artiste que j’aie pu voir. Parce que le film devient littéralement l’extension du travail de l’artiste, avec des vrais morceaux de l’artiste à dedans.
Ce qui est dommage, c’est le format. C’est un 52 minutes destiné à la télévision. Alors il faut être didactique, et on fout des interviews de proches et de collaborateurs, qui viennent contaminer de façon bien désagréable les superbes plans de Martin, et on met des reproductions de ses photos les plus connues, pour comprendre le contexte, et pour qu’on ne s’emmerde pas trop.
C’est très frustrant, parce qu’une heure, sans commentaire, sans rien, de Martin à la plage avec son appareil photo, c’était chef d’oeuvre intemporel direct.
Alors voilà, je demande comme ça, y’a pas moyen d’avoir une version courte ?