"I... comme Icare" part de plusieurs idées assez géniales. Déjà, réaliser un thriller français de politique fiction paranoïaque. Genre que l'on retrouvait beaucoup aux USA à la même époque (notamment "The Parallax View"), mais pas du tout en France.
Ensuite, utiliser l'assassinat de JFK pour élaborer une intrigue totalement fictive, et néanmoins enracinée dans le réel. Car Henri Verneuil situe son action dans un pays allégorique, mélange des USA et de la France. Tout le monde parle français mais roule en voiture américaine. Et les drapeaux, l'anglais/français sur les panneaux, les patronymes, se situent entre les deux pays. Les bâtiments utilisés pour le tournage correspondent quant à eux à des structures modernes et impersonnelles de l'époque.
Mais Verneuil s'amuse avec de nombreuses caractéristiques précises autour de la mort de JFK. On parle ici d'un président populaire, abattu dans sa voiture décapotée, par un tireur soi-disant solitaire, un certain Daslow (anagramme d'Oswald). Et l'on retrouve l'homme au parapluie, une théorie sur de multiples tireurs, le film Zapruder, la commission Warren, le procureur Jim Garrison... dont tous les noms seront évidemment changés.
On suivra ainsi un procureur, Volney (impérial Yves Montand) qui mène une enquête sur l'assassinat du président. Et se rend vite compte que la théorie du tireur solitaire ne fonctionne pas.
Henri Verneuil ne vise pas le complotisme, il ne cherche pas remuer la terre de la vraie enquête sur JFK. Il livre un thriller politique à la fois posé, noir et haletant, sans faire de choix faciles. On assiste par exemple dans la première partie à un véritable débat politique autour de l'affaire, avec même une réflexions sur le rôle des médias ! Et puis il y aura cette digression étonnante au premier abord, mais finalement totalement pertinente, sur les expériences de Milgram.
Ces célèbres (et terrifiantes !) expériences psychologique sur la soumission à l'autorité, dont on devine qu'elles ont passionné Verneuil. Il prend ici le temps de les mettre en scène et de les intégrer au fond de son long-métrage.
"I... comme Icare" est ainsi un thriller politique totalement efficace et pertinent, soutenu par des réflexions puissantes. Avec en prime de bons seconds rôles, parfois inattendus (dont la star du X français Brigitte Lahaie, qui n'a néanmoins pas le temps de prononcer une réplique !). Et puis la musique d'Ennio Morricone, dont le dernier thème, qui donne renforce l'aspect tragique et sombre du scénario.
Étonnamment, "I... comme Icare" se fait discret dans la filmographie d'Henri Verneuil, alors qu'il y est à mon sens au sommet.