Support: Bluray
Attention spoilers (même si prévisibles)
I… comme Icare se trouve au croisement du Z de Costa-Gavras (la présence de Montand renforçant cet aspect) et du Parallax View de Pakula, avec un soupçon de 12 Angry Men, et avant l'œuvre fleuve d’Oliver Stone. C’est évidemment l’assassinat de JFK qui sert de modèle, de la dissection du simili-film Zapruder aux photos de Oswald, en passant par l’homme au parapluie et les conclusions improbables de la Commission Warren. Un thriller paranoïaque à l’américaine, mais à la française.
Pour aborder l’effacement de l’individu derrière une implacable machine, Verneuil situe l'action dans un pays fictif, à la fois partout et nulle part, mais dont les symboles rappellent évidemment les USA, mais aussi la France (seul pays occidental cité via un journaliste de l’AFP). Ce sont les bâtisses impersonnelles de la banlieue parisienne, celles de Cergy-Pontoise et ses grandes dalles de béton froides, qui figurent cet espace affreusement trop commun auquel on refuse toute émotion, tout engagement.
Passé l’assassinnat, on nous montre des décideurs hors-sol, représentés par une table de réunion démesurée qui les détache les uns des autres et de ce qui est discuté dans un refus de responsabilisation et d’implication. Un sentiment exploré plus avant par la très longue séquence glaçante de l’expérience de Milgram, montrée dans ses moindres détails, et aux implications psychosociales connues mais toujours aussi dérangeantes. La machination, la manipulation, ne peuvent exister que par l’acceptation d’une servitude aveugle dans un ensemble plus large qui déshumanise, et donc déresponsabilise, d’une autorité jugée légitime, sans donner de regard sur la finalité de l’agencement de tous ces engrenages. Logique au vu de la détention des clés du pouvoir par des réseaux secondaires dans des institutions mondialisées, loin de tout exécuteur final de la basse œuvre.
Cette séquence est un travail d’atmosphère, proprement décorrélée de l’intrigue, et pourtant nécessaire au bon fonctionnement du film. Un travail de sape de tout espoir que pourrait nourrir le spectateur dans la quête du procureur Volney, dont l’inéluctable conclusion est communiquée d’avance par ce titre qui vend la mèche, et la répétition des plans entre l’assassinat du président et ceux des bureaux de l’enquête.
Des jeux de cadres qui s’imbriquent par ailleurs les uns dans les autres comme autant de tiroirs de l’intrigue, jusqu’à ce I lumineux final qui laisse place au générique.