Le dimanche après-midi est un temps particulier dans la semaine. Il s’agit du seul jour où autour de nous, le monde ralentit un petit peu. Les rues sont plus vides, les proches plus distants car trop occupés à se reposer du fracas de la semaine précédente…J’ai même l’impression que le dimanche, mon chat bien aimé dors plus que d’habitude, occupation qui remplit déjà 75% de son temps habituellement.
J’ai donc pris pour habitude dominical de regarder un film d’Ozu de temps en temps. Ces films simples et calmes comme un dimanche, prenant leur temps pour traiter un sujet central dans chacune de nos vie : la famille. Des films qui nous penser aussi, ce qui est parfait lorsque l’on a un peu de temps devant soi.


Il était un père s’inscrit pleinement dans cette passion d’Ozu pour l’analyse des liens familiaux en racontant l’histoire d’un père veuf imposant à son fils une séparation de plusieurs années, afin ce dernier puisse réaliser ces études dans les meilleures conditions possibles. Mais en privilégiant à tout prix la réussite scolaire puis professionnelle de son fils, le père va empêcher toute véritable relation de se nouer.
L’obsession du travail est au centre de son long-métrage, le travail étant considéré par le père comme le seuil moyen de se réaliser dans une existence. Or le travail peut être destructeur. Une évidence ? Pas vraiment. Le Japon, pays d’origine d’Ozu, possède un mot, karōshi pour qualifier une mort provoquée par des cadences de travail trop importante. En 2016, 20% de la population nippone a été considéré comme en danger d'une mort causée par un volume horaire de travail bien trop important. Le film de 1942 n’a donc rien perdu de sa force au fils du temps en prenant ce sujet comme cœur de son propos.


Il était un père peut alors se réduire à une fable cynique sur l’obsession de la réussite ? Bien sûr que non. La force d’Ozu est de témoigner une profonde tendresse pour ses personnages, en les présentant comme de "bons gars" voulant simplement faire de leur mieux, sans les infantiliser toutefois. L’amour déborde ainsi dans ce film sous différentes manifestations : amour père-fils, amitié profonde entre deux hommes ayant de nombreux points communs, gratitude d’anciens élèves pour leur ancien professeur.


J’adore la manière de filmer d’Ozu, toute en sobriété, et ce film en est une parfaite illustration. Belles compositions, symétrie, jeux de miroirs et d’inversion entre la place du père et celle du fils ; le réalisateur sait parfaitement faire parler ces images sans utiliser des détours inutilement compliqués.


Sobriété, richesse & beaucoup de finesse. 3 mots caractérisent à merveille ce très beau film malheureusement méconnu et difficilement accessible d'un point de vue pratique

Shaga
8
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le 12 avr. 2020

Critique lue 181 fois

Shaga

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