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Deux orphelins
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Il y a des films qui ne crient pas leur beauté, qui avancent à pas feutrés, sans jamais chercher à nous séduire frontalement. Il Futuro, réalisé par Alicia Scherson, fait partie de ceux-là. Ce drame chilien-italien m’a surpris par sa pudeur, sa lenteur assumée, et surtout, par la manière dont il transforme une situation tragique en cheminement intérieur, doux-amer et profondément humain.
Je lui ai mis 8/10. Voici pourquoi.
Le film suit Bianca, une adolescente jetée dans une vie d’adulte trop tôt après la mort soudaine de ses parents. Elle se retrouve seule à Rome avec son frère, dans un appartement vide, sans repères. Très vite, le quotidien bascule dans une ambiance presque surréaliste, où la survie passe aussi par des choix moralement flous, parfois déstabilisants.
Et pourtant, Il Futuro n’est pas un thriller ni un drame social classique. C’est une œuvre sur le vide, le doute, le corps qui grandit et l’âme qui tâtonne. Ce que j’ai aimé, c’est cette façon unique de mêler l’intime au mystérieux, sans jamais tomber dans le mélodrame.
Visuellement, le film est d’une sobriété presque ascétique. La caméra ne bouge pas beaucoup, les dialogues sont rares, et pourtant… tout passe dans les silences, dans les regards, dans les ombres de Rome. Scherson filme une ville fantomatique, comme si le deuil de Bianca contaminait tout autour d’elle. J’ai trouvé cela à la fois poétique et profondément immersif.
Manuela Martelli incarne une Bianca silencieuse, souvent difficile à lire, mais toujours crédible. Elle avance dans le film comme on avance dans la nuit : lentement, à tâtons. Et puis il y a Maciste, l’ancien bodybuilder reclus (incarné par Tomás Milian, étonnant de justesse). Leur relation est étrange, dérangeante par moments, mais aussi curieusement tendre. C’est là que réside la force du film : dans ces zones grises où rien n’est tout à fait clair — ni les intentions, ni les émotions.
Le rythme du film est parfois un peu trop lent, même pour un amateur de cinéma contemplatif. Certains passages traînent en longueur et j’aurais aimé que certaines scènes prennent un peu plus de consistance narrative. De plus, la retenue des dialogues — bien que cohérente avec le style — peut parfois donner l’impression de rester à la surface des choses. Mais ce sont des failles assumées, presque structurelles.
Il Futuro n’est pas un film spectaculaire. Il ne vous secouera pas brutalement. Mais il peut vous atteindre, doucement, profondément, si vous vous laissez porter. C’est un film qui parle de perte, de reconstruction, de lumière au fond du tunnel — sans jamais verser dans la facilité ou le pathos.
Je le recommande à celles et ceux qui aiment les récits intérieurs, les silences qui en disent long, et les films qui continuent de résonner bien après le générique.
Créée
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