Réalisé par le gang Risi-Scola-Cecchi-Gori, Il Gaucho est réversible : presqu'aussi regardable en Italie qu'en Argentine, c'est un de ces films qui bénéficient de l'âge d'or où les stars faisaient fleurir les pendants non politiques d'une globalisation en marche. Quelques moqueries mises à part (équilibrées d'ailleurs, puisqu'intervenant aussi bien envers l'Argentine "restée au temps des caravelles" que contre les starlettes italiennes s'attendant à voir l'Équateur peint en jaune lors de son survol), on en oublierait presque que la caméra marche toujours aux côtés de la classe la plus haute, du sommet de laquelle on contemple un précipice social et économique inquiétant.
Tout est là pourtant, derrière l'humour résolument pertinent de Risi et l'effervescence constante du choc culturel qu'il met en scène. Quelle perte de ne pas comprendre la myriade de moments où les langues se mêlent et sèment la complicité au détour d'une incompréhension ou d'un jeu de mots. Argentin, Italien, Français... : qui que l'on soit, on ne peut plus rien faire aujourd'hui que s'accrocher aux branches de ce titanesque arbre couvrant le cinéma d'une canopée de lucidité, et portant les graines aussi critiques que conciliatrices d'une collaboration rendue possible par une période très courte, mais brillante, où l'embryon du monde contemporain se costumait innocemment.
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