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le 28 sept. 2021
SuivreUn contrat plus qu'honoré
Illusions Perdues parvient à nous emporter avec panache et brio au cœur de la tourbillonnante Comédie humaine chère à Balzac, plus contemporaine que jamais. Pour un littéraire talentueux, il est...
Xavier Dolan et Vincent Lacoste - les deux acteurs que j'ai sans doute le plus de plaisir à retrouver sur un écran - réunis dans un même film, rarement un casting ne m'avait autant excité.
Surtout qu'aux cotés de ces deux jeunes prodiges du cinéma francophone, le reste de la distribution est flamboyant : Jeanne Balibar, Gérard Depardieu, Cécile de France, Jean-François Stévenin, André Marcon, Louis-Do de Lencquesaing, seconds rôles tous indispensables à rendre vivante cette grande fresque reconstituée du Paris bourgeois du début du 19e siècle, telle que Balzac a su si brillamment la dépeindre dans sa Comédie humaine (époque où le cinématographe n'existait pas encore).
Et au centre, le charismatique et déjà remarqué Benjamin Voisin, visage d'ange à la mine canaille, démon au regard candide, parfait dans le personnage du poète désabusé et de l'opportuniste naïf, détruit pour n'avoir pas su demeurer dans l'ombre.
Plus encore que vers les acteurs et les actrices, mon immense respect s'adresse au réalisateur, pour sa minutie du détail (costumes, décors, accessoires), son soucis de la langue, la vivacité du rythme, la splendeur des images, la rigueur de sa mise en en scène.
Illusions perdues est une œuvre cinématographique parfaite.
J'ai conscience dans ma critique d'abuser des adjectifs : prodige, flamboyant, splendeur. J'emploie ici les mots qui se bousculent dans ma tête pour exprimer mon enthousiasme et mon admiration. Ainsi que Lucien l'exprime (avec cynisme) dans le film : une bonne critique est plus difficile à écrire qu'une mauvaise. De manière plus sincère, j'ai toujours pensé qu'il est plus facile d'expliquer pourquoi un film nous a déplu que pourquoi il nous a transporté. Car c'est souvent la raison qui nous fait voir les défauts et un ressenti plus subjectif qui puise au plus profond de nous qui nous fait vibrer pour une œuvre, ce qu'elle raconte et la façon dont elle le fait. Il est plus difficile de communiquer par écrit une intense émotion que des arguments rationnels.
Ce film a une force, qui ne faiblit jamais, de la première scène jusqu'au dénouement tragique. Cette force ne se retrouve pas si fréquemment dans les films que je vais voir, toujours je l'espère et peu souvent je la trouve et c'est elle pourtant qui me fait inlassablement continuer à fréquenter les salles obscures, tôt le dimanche matin et les soirs de semaine. Cette force donne envie d'écrire, de composer, de chanter, de peindre, de jouer. Elle ne résiste souvent pas à une force qui lui est supérieure : le poids de la vie quotidienne, son lot de contraintes, d'obligations et de fatigue.
Un mot tout de même sur le propos du film, cette satyre sociale magnifique propre à Balzac et que Xavier Giannoli rend si bien : la presse libérale entretenue par la bourgeoisie, l'aristocratie qui craint la presse libérale et voudrait la museler, la bourgeoisie rêvant d'accéder à l'aristocratie, qui la méprise (la vanité d'obtenir une particule sera à deux reprises la cause de la chute de Lucien). La province comme les classes laborieuses sont ignorées. Paris, ses bourgeois, sa presse et ses aristocrates règnent en maitre. Monde absurde où les éditeurs ne savent pas lire, les bonnes actrices sont huées et les mauvaises applaudies, où un même commanditaire paye un journal pour écrire une bonne critique et un autre une mauvaise pour créer la polémique, où un singe choisit les livres qui seront lus et ceux qui seront jetés, où les gens ne vont au théâtre que pour les propos échangés pendant l'entracte.
Les contradictions se répètent à travers les siècles. Ainsi cet éditeur qui n'accepte de faire connaitre que les gens déjà connus me rappelle la chanteuse débutante de l'assassin habite au 21 de Clouzot à qui l'on accepte de signer un contrat que si elle a son nom écrit en grand dans le journal et qui pour réussir se lance à la poursuite d'un tueur en série. Ou même, dans l'absurdité, Pascal Légitimus, à qui l'on explique dans les 3 frères qu'être demandeur d'emploi ne fait pas bon effet pour trouver du travail.
Illusions perdues est une preuve magistrale que le cinéma français existe, qu'il n'a rien perdu de sa vigueur, qu'il peut encore nous surprendre et nous enthousiasmer. Sans conteste, le cinéma français porte en ce moment le prénom de Xavier (car, après le film de Xavier Giannoli, il me tarde de découvrir dans deux semaines Albatros de Xavier Beauvois).
Que le spectacle continue !
(sur ce, je pars sur un autre site descendre le film en flèche avec un autre pseudo. Faut créer la polémique, les gens !)
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Créée
le 24 oct. 2021
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