Trois ans après le mystico-pompeux L'Apparition, Xavier Giannoli nous revient avec tout autre chose en s'attaquant à l'adaptation du roman Illusions perdues d'Honoré de Balzac. Un nom qui fera peut-être frémir les allergiques à la littérature ; mais que ces derniers se rassurent, cette version cinématographique est tout sauf ennuyeuse.


Illusions perdues, c'est l'histoire de Lucien de Rubempré, ou Lucien Chardon, le nom de son père. Nous sommes dans la première partie du XIXe siècle, à l'époque de la Restauration, c'est à dire au moment où la monarchie a fait son retour dans l'hexagone. Période où les titres de noblesse sont encore essentiels, surtout quand on est ambitieux comme Lucien, qui se battra donc constamment pour faire oublier le nom de famille qui l'avantage le moins.
En effet, à 19 ans, il est un jeune homme qui rêve d'être reconnu pour ses talents de poète. Sauf qu'en venant d'une famille de classe moyenne, ses perspectives de gloire semblent bien minces. Alors il utilise le nom de sa mère et tente d'intégrer la haute société d'Angoulême par l'intermédiaire de Marie-Louise-Anaïs de Bargeton, figure de la bourgeoise locale, qui voit en Lucien aussi bien un futur "grand" de la poésie française qu'un amant lui faisant oublier sa triste vie conjugale.
Bientôt Angoulême deviendra trop exigüe pour nos tourtereaux qui vont rejoindre la capitale la tête pleine de rêves mais où ils suivront pourtant des trajectoires très différentes...
Notre personnage va être emporté par la frénésie de la vie parisienne avec tout ce que cette dernière contient d'exaltant et de malsain, alors que Madame de Bargeton va devoir revenir à la raison.


Illusions perdues est d'une certaine manière, une histoire assez banale, dans le sens où elle suit un personnage dont l'ascension fulgurante n'aura d'égal que la violence de sa chute. Ceci étant, l'intrigue est bien ficelée et en dit également beaucoup sur les codes et les mœurs de l'époque. On ne boudera donc pas notre plaisir.
On soulignera aussi le remarquable travail effectué pour nous plonger dans le Paris d'il y a deux siècles, ce n'est finalement pas une occasion qui se présente si souvent et le résultat est très réussi.
Et puis si Illusions perdues parvient à garder notre attention pendant 2h30, c'est avant tout pour son rythme globalement équilibré et toujours en phase avec les événements.
Enfin, Xavier Giannoli doit beaucoup à son casting sans qui son film n'aurait pas eu la même saveur. Benjamin Voisin (insupportable dans Eté 85, à l'image du reste) incarne (cette fois) parfaitement cet enfant gâté qu'est Lucien, Vincent Lacoste fidèle à lui-même, rend le personnage de Lousteau éminemment sympathique, et que dire de Xavier Dolan, qui est probablement la révélation du film, confirmant qu'il peut définitivement prétendre à un premier rôle (être doué devant et derrière la caméra, ce n'est tout de même pas donné à tout le monde). On en oubliera pas les seconds couteaux, dont la prestation est également à souligner. On citera notamment Louis-Do de Lencquesaing (toujours aussi élégant!), André Marcon et bien sûr notre Gégé national (qui fait du Gégé!).


En dehors de son intrigue principale, Illusions perdues aborde, de manière plus ou moins poussée, d'autres sujets, dont le principal est la liberté et le pouvoir de la presse. Difficile de dire si cette dernière était aussi virulente (et malhonnête!) à l'époque que ce que décrit le film, mais cela a le mérite d'interroger sur sa place dans la société, elle qui semblait déjà faire la pluie et le beau temps il y a 200 ans de cela, s'asseyant au passage sur toute forme de morale tout en véhiculant des informations dont la qualité -et la véracité- étaient souvent très discutables.
Le film montre également le poids et l'inertie du "système" aristocratique, plus de 30 ans après que la Révolution Française l'eut soi-disant renversé.


Illusions perdues est un vrai bon film, légèrement plombé par de rares coups de mou et auquel certains (les plus avisés seulement) reprocheront ses quelques anachronismes ou les libertés prisent par rapport à l'œuvre d'origine.
Mais ce serait bien exagéré de s'attarder plus que ça sur ces points qui ne nuisent en rien à la qualité d'une œuvre qui nous séduit par la qualité de sa mise en scène et de sa narration (avec la voix off particulièrement adaptée), ses personnages parfaitement interprétés et son intrigue digne des meilleurs soap opera, dont Balzac maitrisait manifestement déjà tous les codes bien avant leur avènement.

billyjoe
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le 12 nov. 2021

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Billy Joe

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