Illusions perdues est un film qui ne se contente pas d’être brillant : il est délicieusement cruel, presque jubilatoire, dans sa façon de nous tendre un miroir… et de le maintenir sous notre nez jusqu’à ce qu’on reconnaisse notre époque.
La ressemblance entre les médias d’aujourd’hui et ceux du XIXᵉ siècle est saisissante. On pourrait changer les rotatives en algorithmes, les pamphlets en posts viraux, et l’illusion fonctionnerait toujours. L’œuvre qui inspire le film n’est pas récente, et pourtant tout y est d’une modernité insolente : emballement médiatique, opinions à vendre, indignations à géométrie variable. Le système, lui, n’a pas changé d’un iota, il a juste gagné la fibre.
Les personnages sont charismatiques au point d’en devenir dangereux. Chacun incarne une tentation : la gloire rapide, le confort du cynisme, la compromission élégante. On les aime, on les déteste, parfois dans la même scène. Mention spéciale à cette galerie de journalistes, éditeurs et mondains, tous plus brillants que vertueux, qui transforment la morale en variable d’ajustement.
La mise en scène est ample, élégante, presque gourmande. Le film prend son temps, peut-être un peu trop au début, il peine légèrement à s’installer, comme une conversation brillante qui chercherait encore son rythme. Mais une fois lancé, jamais on ne s’ennuie. Le récit accélère, les masques tombent, et l’engrenage devient hypnotique.
Diffusé sur France 3 hier soir, c’est clairement un film à surveiller pour une prochaine programmation, si vous l'avez raté. Pas seulement parce qu’il est superbe, mais parce qu’il fait quelque chose de rare : il divertit tout en éduquant. On en ressort avec le plaisir du grand cinéma… et un léger malaise, celui de se dire que Balzac avait tout compris, et que nous n’avons pas beaucoup progressé depuis.